« Ce qui nous sépare » d’Anne Collongues : le temps d’un trajet de rer…

25 avril 2016 Par Marine Stisi | 0 commentaires

Ce qui nous sépare, premier roman d’Anne Collongues, vient d’être publié chez Actes Sud. On y rencontre sept personnages que le hasard a fait s’installer dans la même rame de rer. Que se cache-t-il derrière ces longs manteaux, ces écharpes, ces regards fuyants ? 

Note de la rédaction :

L’individu dans la masse

Un rer qui s’éloigne de la capitale, un soleil qui commence à se coucher. Sept personnages, pas plus, peuplent les banquettes qu’on imagine un peu sales de ce train de banlieue, ce boyau de la ville, « qu’on ne prend jamais avec plaisir ». Regards tournés vers le paysage qui défile à toute vitesse, Anne Collongues, dans ce premier roman, va faire de ce trajet l’occasion d’en savoir un peu plus sur qui ils sont, ces inconnus de la rame, ces quelques personnalités, ces quelques vies, perdus au cœur du plus grand lieu de rencontres, et pourtant, de solitude, de la grande ville.

Tout débute avec Marie, jeune mère au manteau rouge, qui a laissé son bébé et ses pleurs aux soins d’une baby-sitter. Elle est dans le rer sans réel but, ne serait-ce profiter du silence, le silence mécanique du train qui avance, traversant la ville de part en part.

Autour d’elle arrive progressivement Alain, un homme qu’on imagine tendre et beau, venant de s’installer à Paris ; Cigarettes, femme aux espoirs envolés qui retourne aider ses parents au café-PMU où elle a grandi ; Chérif, jeune homme inquiet d’une erreur qu’il a commise et dont il craint les représailles ; Liad, israelien tout juste arrivé de Tel-Aviv qui porte en lui de nombreux questionnements ; Laura, une belle femme aux bottes serrées portant dans son cœur de nombreuses rancœurs ; Frank, le désagréable Frank, qui ne comprend plus sa famille, macho et raciste sur les bords. Sept personnages en quête de réponses, que le rer va bercer le temps d’un trajet.

De l’éloignement dans les grands villes

Nous n’avons jamais été aussi nombreux dans les villes, et pourtant, nous ne nous sommes jamais sentis aussi éloignés. Ce qui nous sépare reflète avec beaucoup de justesse une part bien réelle de la relation à l’autre en milieu urbain : on se regarde, on s’analyse, mais les regards deviennent fuyants quand ils viennent à se croiser.

Les rer parisiens sont parmi les plus fréquentés du monde. Chaque jour, des centaines de milliers de personnes se croisent, se frôlent, se regardent, sans jamais se parler. Ils se croisent tout en profitant de ce moment de silence, de calme, dans une activité qui n’en finit jamais. Anne Collongues, photographe, réussit ici le pari de faire se rencontrer l’individu et la masse, de faire ressortir l’humain du groupe.

Anne Collongues, Ce qui nous sépare, Actes Sud, 176 pages, 18,50€.

Date de parution : 2 mars 2016

Visuel : (c) DR


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