Ce que « Les messieurs » de Claire Castillon disent des filles

27 juin 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

Cela aurait pu s’appeler A quoi rêvent les jeunes filles ? mais c’était déjà pris. L’auteure de Dessous c’est l’enfer (2008, Fayard), Les Cris (2010, Fayard), Les Bulles (2010, Fayard), Merveilles (2011, Grasset), des Couplets (2013, Grasset) et de Eux (2015 Olivier) signe Les messieurs, un recueil de nouvelles qui dresse un parfait portrait de jeunes femmes. 

Note de la rédaction :

Claire Castillon écrit sur le couple et elle le fait bien. Ici, elle joue les schizophrènes ou les prête-noms plutôt en devenant telle une comédienne une femme différente, vingt et une fois. Vingt et une nouvelles, chacune indépendante de la suivante, toute portant un titre qui augure le meilleur. Les messieurs c’est donc des histoire de filles, car c’est toujours elle qui parle de lui. Lui peut s’appeler Edmond, patron, Christian, Guy, Monsieur Planchet…. Le fil conducteur est que tous sont vieux, et toutes sont plus jeunes et amoureuses d’eux.

Et comme cela est un fait relatif ils sont plus ou moins vieux. Quelque fois, Castillon ose séparer les amants par deux générations. Cela n’en est que plus délicieux car ses descriptions de tics et de petites habitudes qui sont l’accumulation d’une vie passée dans un corps sont parfaites. Celui qui cache sa calvitie en se « léchant  ses doigts pour se plaquer une mèche de cheveux avant de passer dessus le peigne qu’il venait de dégainer », celui qui perd la mémoire, celui qui a « la mine grise de l’amant presque mort ».

Pourquoi ces filles aiment ou ont aimé ces mecs qui ont l’age d’être leur père ou leur grands-pères ? La réponse que vient donner Claire Castillon sème le trouble. Ils sont si différents, et les filles tellement différentes aussi. Ni connes, ni futiles, ni en manque d’affection… Quelque fois même, la romancière imagine des relations totalement sue où les parents de la jeune femme sont tout à fait au courant et accueillent l’homme de la vie de leur progéniture.

Les messieurs regorge d’humour et d’acidité, car la plupart de ces histoires sont cachées et ont la charge émotionnelle de n’importe quel adultère « Je n’avais plus de mari. Juste un regard au fond de moi qui ne me quitterait pas ». Certains disent oui, d’autres non : « Si on ne couche pas ensemble, nos balades vont finir par ressembler à celles que je fais avec mon père. Il y a des limites. J’aime mieux trahir sa femme que mon  père ».

Les messieurs nous disent alors que l’amour et le désir n’ont pas d’age et que dans cette discipline on a toujours malheureusement quinze ans et l’inexpérience qui vient avec. Que l’histoire soit en cours ou passée, seul l’estomac parle ici, et Claire Castillon se fait la voix parfaite de toutes ces nanas qui craquent pour « leur littérature », « ça vaut le voyage ».

Vingt et une coupes fragiles, sensibles et si bien écrites dont il ne faut pas se passer, peut être en écoutant en fond sonore Dancing Queen d’Abba et hurler « Always Seventeen » !

Visuel ©JF PAGA

Claire Castillon, Les messieurs, éditions de l’Olivier, mai 2016, 16, 50 €


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