« Blitz » de David Trueba : pétillant et savoureux comme un délice interdit

27 février 2016 Par Flora Vandenesch | 0 commentaires

David Trueba, réalisateur espagnol, scénariste et auteur de romans, parmi lesquels Savoir Perdre, est auréolé de succès en Espagne, où il a reçu de nombreux prix littéraires. Plusieurs mois en tête des best-sellers, son quatrième ouvrage intitulé Blitz, est paru le 3 février aux éditions Flammarion, traduit par la romancière et traductrice française Anne Plantagenet. Un livre-éclair plein de vivacité qui tord le cou aux idées reçues et nous emmène loin au delà d’un drame sentimental apparemment ordinaire.

Note de la rédaction :


C’est à Munich que se déroule l’essentiel du récit. Beto Sanz quitte Madrid avec sa petite amie Marta pour se rendre à un congrès d’architecture et défendre l’un de ses projets. Leur séparation soudaine bouleverse les plans du jeune paysagiste espagnol, après le départ de Marta, il décide de prolonger son séjour, assiste à la fin du congrès et entame une relation inattendue avec Helga, son interprète allemande. Au commencement, un message envoyé par inadvertance rompt avec le quotidien amoureux plein de torpeur, révélant sa part de fragilité et d’incertitudes. « Inattendu et foudroyant », les quelques mots de vérité tombent à la vitesse de l’éclair – blitz en allemand – dès les début du premier chapitre « Janvier ». On comprend bien vite ce qui a déterminé l’auteur dans le choix de son titre. Du signal originel au dénouement, tour à tour maître et victime de ses émotions, le personnage masculin semble pris dans un tourbillon d’événements, à la lumière crue et intense de ce roman qui se lit d’une traite.

D’un trait spontané et sans artifices, David Trueba esquisse le portrait d’un homme en quête de lui-même, avec beaucoup de pudeur et de sensibilité. La position sociale à travers l’âge ou la fortune de la profession sont mises à jour dans une confrontation permanente à la réalité abrupte. Mais quand on croit que la morosité va s’installer, l’auteur nous surprend soudain en donnant à la sensualité une beauté sans âge que l’on n’aurait pas soupçonnée. Les doutes de Bento Sanz sont autant de brèches dans l’emprise des contraintes sociales, au fil des révélations, des rencontres, quand un scintillement inattendu peut naitre des moments de désespoir. Si le désir de transgresser les interdits finit par s’imposer, c’est avec délicatesse et douceur. La perte de repères, aussi effrayante soit elle, est ici à l’origine d’un renouveau salvateur.

En filigrane de cette romance, la situation actuelle d’une Espagne en crise résonne dans les difficultés que traverse Bento Sanz, loin de Madrid et dénué de tout, seul à Munich, cette ville qui incarne la réussite économique. Pourtant, si elle symbolise la richesse et le pouvoir, la ville revêt une autre figure à travers un parcours amoureux dans ses rues, au rythme des pas d’une femme. Et l’Espagne reste le pays des possibles. David Trueba pose sur son pays un regard conscient, à la fois critique et aimant. En décrivant les lieux et les villes – Barcelone apparaît plus tard dans le récit – c’est du point de vue de l’architecte que l’écrivain choisit d’appréhender le monde, entre tribunes partagées, chambre secrètes et paysages en devenir, les territoires donnent de la consistance au récit, celle des possibilités multiples à la portée de notre Europe contemporaine.

Dans ce récit à la première personne, intime et tendre comme une autobiographie, l’auteur tisse des liens entre l’Espagne et l’Allemagne tant admirée, sa fibre de scénariste intacte respire à travers les lignes percutantes où le contexte social pèse de tout son poids : les problématiques d’une génération en péril, les vaines recherches d’emploi quand le chômage monte et les moyens réduits d’un pays que l’on ne veut pas quitter. Oui, cette réalité frappe comme une gifle du présent en plein visage. Plein d’acuité et d’audace, Blitz offre cette vision limpide, éclairée, celle qui n’exclut pas de voir se profiler un autre lendemain au détour d’une rue.

David Trueba, Blitz, 176 pages, février 2016, 18 euros.

Visuel : couverture du livre


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