Bernard Chambaz, « A tombeau ouvert » : Eloge de la vitesse

18 août 2016 Par Marianne Fougere | 0 commentaires

Avec ce livre, Bernard Chambaz esquisse le portrait touchant d’une icône. Bref et intense, à l’image du destin d’Ayrton Senna.

Note de la rédaction :

En 1994, j’avais à peine l’âge de raison, alors allez savoir ce que je pouvais bien faire le 1er mai de cette année … je donne ma langue aux chats. Pourtant, quelques années et boutons d’acné plus tard, trônait, sur les murs de ma chambre d’ado, un poster lié à ce fameux 1er mai. Ni à la gloire d’un boysband désormais oublié, ni à l’effigie d’une starlette peroxydée, ce poster si singulier détonait parmi mes autres trophées. Sur celui-ci figurait cet Achille des temps modernes dont Bernard Chambaz prononce, dans son dernier ouvrage, l’oraison funèbre.

Le tombeau qu’évoque le titre du livre n’a pourtant « rien de funéraire. Au contraire. Il aimerait exalter la vie en général, et l’existence en particulier, explorer l’énigme de la vitesse extrême et de la vitesse à laquelle tout va, et tout s’en va » (p. 19). Si Chambaz revient sur ce premier jour du joli mois de mai qui a vu, et deux milliards de personnes avec lui, disparaître l’un des plus célèbres et virtuoses pilotes que la terre nous ait donné, c’est pour mieux nous faire revivre la brève et passionnée existence d’Ayrton Senna. Demi-dieu aux pieds rapides et légers, Senna est initié au pilotage dès son plus jeune âge. Des championnats de karting aux courses de Formule 1, Chambaz retrace l’ascension fulgurante de ce gamin qui n’avait rien d’un fils à papa ; il esquisse, au creux de la fureur et des larmes, le portrait d’un homme dont le destin le précipitait droit à la mort. Au gré des pages et des épreuves sportives, on croise les personnes qui ont compté pour Senna : les rivaux qu’il a aimés défier, les femmes qu’il a tout simplement aimées, mais également des fantômes.

Car le roman de Chambaz, poétique biographie, est aussi et surtout un texte sur la disparition d’une beauté somptueusement tragique. Subtilement, Chambaz entretient le souvenir de ces héros sacrifiés sur l’autel de la vitesse, convoque les témoignages d’un Juan Manuel Fangio ou d’un Jules Bianchi tous deux disparus à l’instar de Martin, son propre fils. Vision très personnelle, c’est pourtant parce qu’il fait des destins singuliers la matière de son ouvrage que le texte touche à l’universel et tisse un vibrant éloge à la littérature.

Aussi, que l’on soit fan de sport automobile ou pas, que l’on se souvienne ou non de ce qui s’est passé, un certain 1er mai, à Imola, faut-il voir dans ce roman « la matière même de nos vies qui le fonde, la joie et le deuil et la joie », ce « rhizome qui assimile les aléas, au point de les rendre nécessaires » (p. 206).

Bernard Chambaz, A tombeau ouvert, Paris, Stock, parution le 24 août, 216 pages, 18 euros.

Visuel : couverture du livre


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