« Bâtonnages » : l’édition poétique de Sylvain Bourmeau

22 janvier 2017 Par
Yaël Hirsch
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L’ancien directeur adjoint de Libération, Sylvain Bourmeau, s’est saisi à l’automne 2016 du journal qu’il a quitté en tant que journaliste en 2014. Sa lecture fidèle l’a poussé à reproduire un geste familier : bâtonner. Sculptant l’actualité jusqu’à redonner au mots l’essence de leur écho, il livre un travail qui n’est ni essai, ni fiction, mais qui se rapproche infiniment d’une poésie – ou du moins d’une litanie – très contemporaine.

batonnages
Au fil des jours, on se laisse porter par cette suite de textes mystérieux qui se condensent sous des titres familiers mais mettent en avant certains mots clés et nus. L’on parcourt ainsi renouvelé par le travail d’édition de Sylvain Bourmeau, l’actualité de l’automne 2016. Le fait divers d’une sextape résonne avec les mots « enfance » et « coéquipier », tandis que Macron se trouve happé par le mot « double ». Et puis, le premier mot, l’origine, c’est bien sur « les journalistes » sous le titre « Redevenir invisible ».

Jouant sur la polysémie du bâtonnage et sur les question que son activité suscite à l’heure du passage au numérique, Sylvain Bourmeau interroge le statut de celui qui traite l’information en transformant des textes d’actualité par un geste qui est le contraire de celui de l’auteur. Comme il l’explique dans sa notice finale : l’auteur étymologiquement « augmente ». L’éditeur, en bâtonnant, diminue, jusqu’à la moelle. Le texte n’est pas de lui, seule la coupure l’est, et c’est une manière frappante de poser – par le vide- la question du statut du texte du journal quand il n’est plus la prière quotidienne qui a été celel de notre ère industrielle. Une démarche intéressante, marquante et qui nous offre le luxe – qu’on pensait peut-être réservé aux années préWeb et moins préciipitées de nos parent- de poser la question de la structure de la pensée et de la communication. A découvrir dans cette manne littéraire qu’est la Rentrée de janvier.

Sylvain Bourmeau, Bâtonnages, Stock, 137 p., 16,50 euros.Sortie le 4 janvier 2017.
Visuel : couverture du livre