« Barracuda » de Christos Tsiolkas chez Belfond, un touchant roman de rédemption

21 septembre 2015 Par
Audrey Chaix
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Daniel Kelly sort de prison. Il vit en Écosse, à Glasgow, avec son compagnon, qu’il n’est plus sûr d’aimer. Vingt ans plutôt, en Australie, il était boursier dans un lycée d’élite grâce à ses performances en natation. Danny le Dingue, Danny le Barracuda, imbattable dès que son corps entrait en contact avec l’eau. Issu d’une famille modeste – mère grecque, père écossais, trois enfants – il mettait son ambition au dessus de tout, quitte à paraître arrogant, prétentieux. Pour ne pas se sentir nul devant les fils de riches de son école. Parce qu’il en était sûr : un jour, il représenterait l’Australie aux Jeux Olympiques. Sauf que parfois, la vie ne prend pas tout à fait le chemin que l’on pensait suivre … 

barracudaAprès le dérangeant Jesus Man, et l’excellent La Gifle (les deux romans traduits en français de Tsiolkas, tous deux disponibles en poche chez 10 18), l’auteur australien explore une fois de plus les thèmes essentiels de son œuvre, qui donnent à ses romans cette patte caractéristique. L’intégration de familles venues d’ailleurs (notamment de Grèce), la rédemption, la dissection d’une société qui, en surface, semble si parfaite, la difficulté de se trouver lors de l’adolescence … comme à son habitude, Tsiolkas observe ses contemporains avec beaucoup de justesse, pour en tirer un roman aussi vrai que touchant.

Dans Barracuda, Tsiolkas raconte ainsi l’histoire d’un jeune garçon talentueux, mais en colère : contre ses camarades de classe, plus riches que lui, contre sa famille, dont il a parfois honte, et surtout en colère contre lui-même, surtout à partir du moment où il entre dans la spirale de l’échec. À vif, le jeune Danny est saisi avec beaucoup de justesse et de nuance par Tsiolkas, qui mesure avec beaucoup de talent les hauts et les bas de l’adolescence.

Mélangeant les temps de la narration, Tsiolkas ne nous perd cependant jamais : on passe d’un âge à un autre du jeune garçon, de Danny à Daniel en passant par Dan. Et d’un pays à un autre, de l’Australie à l’Écosse en passant par la Grèce. Pour permettre ainsi au lecteur de saisir les évolutions de Danny alors qu’il atteint le point de non retour, Tsiolkas le saisit à différentes périodes de sa vie, sans toujours donner tout de suite les clefs de compréhension au lecteur, comme pour lui faire expérimenter, à lui aussi, le sentiment de perte de soi vécu par Danny.

Moins perturbant que Jesus Man, pas aussi bon que La Gifle, Barracuda reste un excellent roman d’apprentissage, en particulier grâce aux personnages dépeints par Tsiolkas. Car il n’y a pas que Danny : tous les personnages secondaires, de sa famille à son petit ami, en passant par ses camarades de classe, son coach de natation et sa meilleure amie, sont eux aussi brossés avec beaucoup de finesse. La marque d’un grand conteur.

Barracuda, de Christos Tsiolkas. Traduit de l’anglais (Australie) par Jean-Luc Piningre. Éditions Belfond. Paru en août 2015. 490 p. Prix : 22 €.