« Avec la mort en tenue de bataille » de José Alvarez : au cœur des horreurs de la guerre civile espagnole

2 septembre 2016 Par Marine Stisi | 0 commentaires

Editeur d’art à Paris depuis 30 ans, fine-bouche en matière d’esthétisme et français d’adoption, José Alvarez publie aux Editions Albin Michel un livre qu’il a en tête depuis déjà des années. Avec la mort en tenue de bataille raconte, dissimulé derrière un titre sublime, l’histoire d’une famille espagnole pendant la guerre civile. Une famille dont José Alvarez a pioché l’inspiration dans sa propre histoire. 

Note de la rédaction :

« Choquée, Inès se tut. Elle se sentit défaillir, elle n’en pouvait plus de ces horreurs accumulées. Sans pause ni répit. Et de pardon jamais. Son pays bien-aimé avait sombré dans la pire des ignominies. Retrouverait-il un jour ne serait-ce qu’une parcelle de son humanité ? »

« Viva la muerte ! »

Aux heures les plus noires de l’Europe du siècle dernier, l’Espagne a loin d’avoir été épargnée. Prise au piège de la cruauté des partis, des franquistes soutenus par l’Eglise et par la Phalange reprenant de force le pouvoir au nez des Républicains, l’Espagne a vu défiler les plus terribles horreurs, physiques et psychologiques, dans ses rues et ses arènes.

Dans Avec la mort en tenue de Bataille, José Alvarez, qui renoue avec son histoire espagnole, raconte le destin d’Inès, mère au foyer contrainte d’envoyer ses cinq enfants en France et épouse d’un argentin absent. La femme, subissant bien des déboires, se retrouve bien malgré elle mêlée à l’Histoire. Dénoncées par un cousin corrompu, le père Alfonso, Inès et sa sœur se font emprisonner avec des centaines de républicains, anarchistes, communistes. Avant d’être relâchée, Inès a le temps d’assister au pire : à la torture, aux fusillades, à la perte totale d’humanité et de dignité.

Profondément meurtrie, Inès devient une femme de courage et de caractère qui, tout en tentant de sauver ses enfants dont elle a perdu la trace, va se laisser emporter dans les méandres de la guerre civile. Epaulée par Andrès, médecin avec qui elle partage une attirance grandissante, Inès, mère au foyer sans histoire, va regarder la mort droit dans les yeux. Dans les arènes andalouses où les républicains se font fusiller sous le regard de spectateurs amusés, dans les rues de Madrid, où la mort rôde à chaque tournant…

Ces destins oubliés

Combien de femmes comme Inès a-t-il existé, durant la Guerre civile espagnole ? Combien de femmes ont risqué leur vie pour sauver la peau d’un homme, pour sauver la peau d’un enfant ? L’Histoire ne retient que les grands noms, c’est le lot de chaque révolution, de chaque action de résistance. José Alvarez, en s’inspirant ici de sa propre histoire familiale, offre un aperçu de ces nombreux acteurs oubliés, ces acteurs qui se sont battus pour la liberté, la justice, pour que la vie, enfin, reprenne ses droits.

La guerre civile espagnole en prenant fin, on le sait, aura laissé à son pays non seulement des milliers de cadavres sur les bras, mais aussi des années de dictature franquiste à venir. Il est bon cependant de se souvenir que des hommes et des femmes, au péril de leur vie, ont tout fait pour lutter contre. José Alvarez, dont c’est le deuxième roman, signe un livre bouleversant, honnête et cru, dressant néanmoins un portrait tout en élégance d’une femme qui a su rester digne jusque dans les pires horreurs.

José Alvarez, Avec la mort en tenue de bataille, Editions Albin Michel, 224 pages, 17€.

Date de parution : 17 août 2016

Visuel : (c) DR

 


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