Animals, contes historiques et animaliers par Ceridwen Dovey

16 décembre 2016 Par
Marine Stisi
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L’autrice sud-africaine Ceridwen Dovey publie aux Editions Héloïse d’Ormesson son second roman, Animals (Only the animals, en VO). Le temps de dix nouvelles plus ou moins longues, l’autrice provoque la rencontre du lecteur avec dix animaux différents, dans des contextes majeurs de notre histoire contemporaine… En lumière, la cruauté humaine et la prétendue supériorité de l’homme sur l’animal. Absolument brillant.

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Et si on nous contait l’histoire autrement ?

Traiter des grands évènements de l’histoire contemporaine en l’abordant… avec des yeux de chien, de dauphin, d’éléphant. Et pourquoi pas ? C’est le pari de Cerdiwen Dovey, diplômée en anthropologie et en cinéma documentaire. Dans Animals, l’autrice expose, toujours à la première personne, dix histoires anodines et animales qui pourtant, nous ouvrent les yeux sur bien des sujets.

Au programme de ces dix contes philosophiques, un chameau au cœur du désert australien, la chatte adorée de Colette (autrice de Dialogues de bêtes), Bel-Gazou, emportée au cœur des tranchées pendant la première guerre mondiale, une moule voyageuse et pleine de rêves qui succombe à l’attaque de Pearl Harbor, un ours affamé pendant le siège de Sarajevo (les zoos ayant toujours été des endroits maudits pendant les guerres, doit-on continuer à nourrir les animaux quand les hommes se meurent ?), ou encore une tortue ayant appartenue tour à tout à la fille de Léon Tolstoï, à Virginia Woolf, à George Orwell, avant d’être envoyée dans l’espace pendant la Guerre Froide…

Avec une plume limpide et gracieuse, Ceridwen Dovey aborde l’histoire autrement, apportant un point de vue différent à celui qui nous a toujours été donné, le point de vue humain. Parle-t-on jamais de tous les animaux sacrifiés pendant les grands conflits, sacrifiés par la faim, sacrifiés comme kamikaze, sacrifiés, parfois aussi, simplement par l’ignorance et la bêtise ? Ceridwen Dovey parle notamment, sans en faire le thème principal d’une de ses nouvelles, de la famine qui a ravagée Paris pendant le Commune, forçant les parisiens à dévorer les animaux de leur zoo (thème déjà abordé par Sophie Chauveau dans son roman saisissant La Fabrique des pervers).

Supériorité de l’homme sur l’animal, vraiment ?

La question de la superioté est naturellement celle qui revient sans cesse. Le point commun entre ces dix âmes pourrait se placer au niveau de la pureté de la pensée, de l’amour, de l’honnêteté. Un animal n’est pas fourbe, un animal ne joue pas, un animal ne trompe pas. L’humain en revanche, à qui il donne pourtant toute sa confiance, le fait. Pas toujours, pas tous les humains, mais beaucoup.

Ces fables, d’une certaine manière, sont terribles. La morale, brillante, est sans cesse bouleversante de vérité affreuse. Ce roman nous force à ouvrir les yeux : comment traitons-nous la planète et ses habitants, à l’heure où en France, l’année dernière encore, l’animal n’était, aux yeux de la loi, qu’un « meuble » ? Ce livre, sous forme de contes et tout en éclairant de vraies belles relations animal/humain, met le doigt sur un essentiel que le monde contemporain perd de plus en plus : le respect fondamental de toutes les espèces.

Ceridwen Dovey, Animals, Edition Héloïse d’Ormesson, 288 pages, 20€.

Traduction : Joachim Zemmour et Marianne Colombier

Date de publication : 3 novembre 2016

Visuel : © DR