[Festival d’Automne] L’utopie théâtrale de Krystian Lupa

30 novembre 2016 Par Christophe Candoni | 0 commentaires

Dans le cadre du Festival d’Automne, s’ouvre ce soir le Portrait dédié au Maître du théâtre polonais. Trois productions majeures inspirées des divagations et obsessions de Thomas Bernhard dont Des Arbres à abattre au Théâtre de l’Odéon, sont données à Paris. On apprend beaucoup des pratiques artistiques hors normes de Krystian Lupa dans un essai paru chez Actes Sud. Le metteur en scène y décrit son désir de percevoir l’insaisissable et d’accéder à la vérité cachée.

Utopia-Lettres aux acteurs

Depuis 1987, Krystian Lupa tient un journal qui comprend aujourd’hui plus de 1000 pages déjà publiées en Pologne et dans lequel il collecte ses pensées sur l’art dramatique et la création. Certains fragments sont pour la première fois donnés à lire en France dans un livre passionnant titré Utopia. Le pays imaginaire de Lupa ressemble peut-être à la Cité du rêve d’Alfred Kubin qu’il a récemment porté à la scène dans un époustouflant spectacle. Il est un espace nostalgique, prosaïque, onirique, qui cristallise toutes les exigences et les quêtes de l’artiste.

Dans son introduction à l’ouvrage Georges Banu décrit l’œuvre de Lupa comme une « véritable épreuve de vérité ». Lupa revendique en effet une méthode de travail où s’affirme de manière hypertrophiée la subjectivité de l’acteur invité à se mettre dans un état de disponibilité intellectuelle et émotionnelle sans limite. Se présentant comme une exploration intime et spirituelle du sujet, l’entreprise repose sur un geste de profond dévoilement. Lupa entretient un rapport ambigu avec l’interprète qu’il assimile à des relations « sadomasochistes »  parce qu’elles infligent une nécessaire souffrance pour susciter l’euphorie.

Cela passe par des séances d’improvisations, où s’appréhendent autant l’individu que la communauté, et par des exercices imposés dont la nature complexe mais passionnante est décrite dans le livre. La proposition déroute et fascine car elle tient à produire des contenus intuitifs, inconscients, incontrôlés, inconfortables. De cette matière naît le théâtre de Lupa : un geste théâtral qui s’éprouve et éprouve, résolument, les acteurs comme les spectateurs. En alliant puissance d’analyse et hypersensibilité, il s’apparente à une « autoréflexion créative », « un voyage vers la connaissance » où s’explorent les expressions et passions humaines.


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