« Femme au foyer » : à l’épreuve du désir, par Jill Alexander Essbaum

15 février 2016 Par Marine Stisi | 0 commentaires

Premier roman de la poétesse américaine Jill Alexander Essbaum publié en mars 2015 aux Etats-Unis, Femme au foyer vient de paraître chez Albin Michel alors qu’il a remporté,outre-Atlantique, un grand succès aussi bien public que critique.

Note de la rédaction :

Dans une Suisse froide et relativement peu accueillante, Anna, mère au foyer américaine et épouse d’un banquier suisse, tente de s’intégrer en prenant des cours d’allemand à Zurich. « Anna était une bonne épouse, dans l’ensemble ». C’est en ces termes que débute le roman. Ça donne le ton. Bien des sous-entendus se cachent derrière ce « dans l’ensemble ».

Rongée par l’ennui, la tristesse, la mélancolie, cette femme séduisante tente d’oublier son mal-être au contact de différents hommes. Camarade de classe, ami de la famille, ou simple homme croisé dans la rue, Anna se réconforte dans les bras de plusieurs hommes à la fois, avec qui elle se lance à corps perdu dans des aventures charnelles crues, débridées. Elle tombera amoureuse parfois, pas à chaque fois. Mais elle aimera l’amour avec eux, toujours, accroc passive aux contacts corporels.

Le plaisir adultère puni par la morale

Un événement malheureux viendra cependant punir la mère de famille de son comportement dépravé. C’est en tout cas de cette manière que l’auteure le fait ressentir : une punition pour la femme adultère, car vivre dans le mensonge, pour le plaisir, n’est pas envisageable, et ne peut rester impuni. La sentence, par ailleurs, n’est pas une simple séparation, ou, même, une honte révélant l’adultère au grand jour. Non. Le châtiment est mesquin, profond, affreux, et lourd de sens.

L’aspect punitif, malheureusement, n’a rien d’étonnant. Qu’une sexualité féminine un peu trop débridée, comportant maladresses et faiblesses malgré des désirs honnêtes, finisse en purgatoire, n’est pas rare. Les hommes adultères, dans la littérature, ne sont pas autant catalogués. Il est ainsi regrettable que même dans un roman féminin, écrit par une femme, et qui sera lu, dans l’ensemble probablement, par des femmes, l’adultère reste un démon à punir d’une manière ou d’une autre, même si cela peut être vu comme des références aux auteurs mythiques du passé (dont on peut se permettre parfois, cependant, de contester la position et la vision patriarcales).

Une héroïne romanesque aux multiples références

D’Anna Karénine à Madame Bovary, en passant par 50 shades of grey : les critiques américains ne tarissent pas d’éloge envers Femme au foyer, ce premier roman de Jill Alexander Essbaum. Et il est vrai que de ces héroïnes romanesques (plus ou moins charismatiques), l’héroïne du roman, Anna possède quelques-unes des spécificités. Outre le prénom qu’elle partage avec l’héroïne dramatique Tolstoïenne, on retrouve bien l’ennui, la soumission à l’époux, l’amour du risque, l’amour du sexe en lui-même ou la solitude, chez le personnage d’Anna. Bien des aspects dramatiques sont également réutilisés.

Dans l’ensemble, c’est un roman juste sur les pulsions féminines, qui casse les stéréotypes de la femme devenue mère, qui tait à jamais ses désirs et ses envies. L’écriture est légère, facile, prenante, et vraiment plaisante.

Jill Alexander Essbaum, Femme au foyer, Albin Michel, 388 pages, 22€.

Visuel : (c) DR


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