Faites-le ! de Marek Halter : des combats, des souvenirs et beaucoup d’espoir

9 juin 2013 Par
La Rédaction
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Par Christophe Dard

 

L’écrivain revient avec un nouvel ouvrage, un essai en forme d’autobiographie avec plus de 50 ans de rencontres prestigieuses, de Jean-Paul II à François Mitterrand en passant par Vladimir Poutine ou encore Yasser Arafat… avec à chaque fois les mêmes mots d’ordre, la paix et la défense des plus faibles.

faites-leIl est des ouvrages qu’on ne peut s’empêcher d’associer à d’autres… C’est le cas de Faites-le !. Car le dernier livre de Marek Halter n’est pas sans rappeler Indignez-vous ! de Stéphane Hessel, sorti en 2010. Et pourtant, s’il a l’ambition de « proposer un nouveau comportement dans le monde » et s’inspire du titre d’un ouvrage signé d’un étudiant de l’université de Berkeley en Californie en 1968 (et devenu manifeste du mouvement hippie), Faites-le ! retrace la vie riche d’un écrivain engagé dans tous les combats pour la démocratie, le respect des droits de l’homme et la liberté.

Une galerie des plus grands de ce monde

Il est certain que l’enfance et l’adolescence de Marek Halter ne le prédestinaient pas à rencontrer le ghota de celles et ceux qui ont changé l’histoire et de participer aux grands combats de ces 50 dernières années. Dans les premières pages, il raconte avoir connu l’odeur de la famine, le traumatisme du ghetto de Varsovie, l’adolescence en Ouzbékistan sauvée par le goût pour la littérature et cette passion (déjà) pour la langue française.

Faites-le ! nous présente une incroyable vitrine de toutes les personnalités incontournables depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et rencontrées depuis son arrivée à Paris au début des années 50. On y croise des grands dirigeants, le dernier chef de l’URSS Mikhaïl Gorbatchev, Vladimir Poutine, Golda Meir, Yasser Arafat… Dans ce grenier des souvenirs, on se trouve nez à nez avec des écrivains (Jean-Paul Sartre), des réalisateurs (Steven Spielberg) et tous les présidents de la République, de François Mitterrand à François Hollande. On croise également des femmes comme Simone Veil ou Irena Sendler, une « Juste parmi les nations » à l’origine du sauvetage pendant la guerre de 2500 enfants juifs du ghetto de Varsovie.

Au milieu de ces nombreuses rencontres, deux d’entre elles sont symboliques de ce qu’a été la vie de Marek Halter. Il y a d’abord le dialogue avec Yasser Arafat à la fin des années 60. Alors dirigeant du Fatah, perçu comme un terroriste et tenu comme principal responsable de la guerre des Six Jours en 1967, cette rencontre sulfureuse a été refusée par Golda Meir, le premier ministre israélien de l’époque. Finalement l’échange, très tendu, a eu lieu, et les deux hommes sont même devenus amis.

L’autre rencontre, la plus émouvante, est celle avec Jean-Paul II. En 2000, le Pape l’invite au Vatican pour déjeuner. Marek Halter fait alors un aller-retour dans son enfance polonaise car le Saint-Père lui a préparé les mêmes plats que ceux concoctés par sa mère.

Défendre la liberté contre toutes les formes de totalitarisme

Toutes ces rencontres mémorables se sont toujours accompagnées de nombreux combats, le plus important étant la lutte contre les intégrismes et la défense du dialogue entre les religions. Et Marek Halter n’a jamais reculé devant des manifestations symboliques et osées comme ce voyage en novembre dernier. Marek Halter se rend avec une délégation de 17 imams de France en Israël et dans les territoires palestiniens. Ces imams ont même été au mémorial de Yad Vashem pour organiser une prière en arabe. Prochainement, Marek Halter compte bien lancer un nouveau défi aux extrémistes et va rencontrer le pape François avec à ses côtés une délégation d’imams.

Mais Faites-le! nous rappelle que Marek Halter s’est également engagé aux quatre coins du monde. Dans les années 70 et 80, il est en Argentine (où sa nièce a été enlevée et tuée par la dictature militaire) et lutte pour la libération des prisonniers détenus. Un peu plus tard, dans les années 90, on le retrouve dans la guerre des Balkans, ce qui donnera lieu à une brouille avec Bernard-Henri Lévy sur la posture à adopter en tant qu’intellectuel. L’écrivain a également été en première ligne pour braquer les projecteurs sur les conditions des écrivains et des artistes en Union Soviétique, obligés pour la plupart de s’exiler.

Et puis Marek Halter relate aussi cette histoire d’amour qui remonte à si loin, celle avec la France. Elle a mis du temps à l’accepter (il n’a été naturalisé qu’en 1980 après 30 ans passés dans l’Hexagone) mais entre eux aucune trahison et Marek Halter a toujours tout mis en œuvre pour faire rayonner la France à l’étranger. En 2003 par exemple, il contribue à la création d’un collège universitaire français à Moscou. Il a à sa charge le commissariat général (côté français) des festivités du tricentenaire de la fondation de Saint-Pétersbourg.

Marek Halter affirme que « la mémoire colle à la peau, nous pénètre par les yeux, se plante dans nos narines » et regarde dans son passé pour nous offrir tant de souvenirs, de personnages vus et revus autour d’une table ou dans une manifestation et des combats, dans une cité de Vitry-sur-Seine ou à Jérusalem. Mais Marek Halter invite également le lecteur à regarder dans les yeux de l’espoir et de la persévérance pour tracer l’avenir du monde… Un conseil à méditer…

Marek Halter, Faites-le !, Kéro, 204 p, 18 euros.