Silvain Vanot tient la route

18 mars 2016 Par Antoine Couder | 0 commentaires

Musicien mais aussi écrivain…  Après un « Dylan » en 2001, Silvain Vanot publie aujourd’hui son « Johnny Cash » pudique et sans fausses notes.

Transmettre et apprendre. Revenir sur l’immense star que fut « l’homme en noir » est certainement une gageure au point qu’écrire sa bio pourrait n’être qu’un défi de soi à soi, un exercice formel et un peu académique où finalement il s’agirait surtout de montrer combien « on » écrit bien, combien « on » est subtil et fin narrateur. Académique boursouflé,  carriériste ou plutôt « fin de carriériste », c’est précisément ce que Silvain Vanot n’est pas. Artiste-compositeur salué par les Inrocks et quelques autres,  il a eu son heure de gloire dans les années 90 et récoltera quelques soutiens indéfectibles pour finalement figurer sur cette photo de famille où l’on reconnaît notamment Jean-Louis Murat et Dominique A.  Normal, musicien et accompagnateur, il est de ses solides instrumentistes sur qui on peut compter, pour la technique et aussi pour la conversation puisque Vanot accumule les connaissances et partagent assez facilement sans pour autant se proclamer « spécialiste ». C’est plutôt à quelqu’un de spécial qu’à un spécialiste à qui on a affaire ici.  « L’échec à l’agrégation de lettres » qui figure en bonne place dans tous les articles qui lui sont consacrés semble avoir eu un effet vertueux sur le plan de la propédeutique, lui donnant l’envie de transmettre et d’apprendre sans imposer de cadres de pensée trop déterminés.
Enregistrer les oiseaux. Pas étonnant qu’il soit également enseignant aux Beaux-arts dans cette région Nord que l’on appelle aujourd’hui « Hauts de France »  où il propose un cours non sur la musique mais sur le son, inspiré qu’il est par la « musique anecdotique » élaborée par Luc Ferarri, disciple rebelle de Pierre Henry, et qui a notamment pour particularité d’intégrer des sons issus de la vie réelle. En parallèle à son travail de musicien (pour le cinéma notamment), il aime partir avec son enregistreur vers les 5 ou 6 heures du matin capter les sons de la ville qui s’éveille. Il peut ainsi vous parler longuement d’un chant d’oiseau enregistré la veille qui pourrait certainement inspirer une chanson.  C’est sans doute cette espèce de méthode de travail – ce sérieux, cette distance enthousiaste, cette patience-  qui fait l’homme tel qu’il est aujourd’hui à 52 ans, professeur et musicien, compositeur et écrivain, pas spécialement aigri, conscient certes des difficultés à « vivre de sa musique » mais finalement remis de la crise existentielle qui pourrait en découler.   De Johnny Cash, il va retenir la modernité mais surtout les origines modestes et cette fascinante  droiture, cette façon d’incarner dignement la souffrance de « ceux qui n’ont rien » ou pas grand-chose; le monde de ceux qui travaillent avec leurs mains, ceux-là même qui s’endimanchent en fin de semaine pour jouer cette musique des Appalaches qui inspirera son œuvre.
Franchir la ligne. Traverse également dans ce court récit tout un pan de son enfance (Rouen, la Drôme, Paris)  et ce milieu du vingtième siècle où la technologie et la morale chrétienne donnent franchement le la. Ou, plus exactement, sous couvert de bonnes manières, on en invente de nouvelles : glisser un bout de papier entre les cordes de sa guitare pour en faire un instrument purement rythmique et pousser la country propre sur elle vers la sauvagerie du rock. Jurer que l’on reste dans le rang  et pourtant jouer sans cesse à en sortir, maritalement, culturellement, artistiquement (Cash quittera sa femme et ses quatre filles,  défendra la cause des Indiens, reviendra sur le devant de la scène avec Rick Rubin, un producteur plutôt connu pour ses liens avec les scènes métal et hip-hop). Vanot raconte tout ça avec délicatesse et détails choisis, sans trop entrer dans les débats de spécialistes. On pourrait pourtant en apprendre beaucoup en conversant avec lui, sur l’Amérique et la violence, sur Donald Trump et le western…  l’auteur rumine et digère les informations mais son livre se concentre sur l’imaginaire que porte avec lui le personnage de Johnny Cash : grandeur et humilité paradoxale de celui devant lequel disait Dylan on ne fait pas le poids « See how far we shall short of it »  lorsque Johnny affirme qu’il est vraiment facile d’être fidèle. « Walk the line », un « vers » dit encore Dylan, quelque chose qui vient de cette folk musique, demi-vérité et légende certifiée, cocktail explosif qui fait les  ingrédients de cette Amérique ambiguë dont on perçoit quelques échos en lisant ce livre.

Silvain Vanot, Johnny Cash / I walk the LineEditions le mot et le reste, mars 2016


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