Rentrée littéraire : Jean-Paul Dubois, les accommodements raisonnables

26 septembre 2008 Par marie | 4 commentaires

L’auteur d’ Une vie française revient avec ses tondeuses à gazons, sa femme Anna, ses anti-héros dépressifs et ses allers-retours dans la piscine. L’Amérique aussi est convoquée, le personnage principal, Paul Stern, s’envole à Hollywood pour réécrire le scenario d’un film français bidon et en faire « un film américain à suspens comme les autres ». Un livre loufoque pour traiter des « accommodements raisonnables » que nous passons sans-cesse.

 

« Quelqu’un veut des cendres ? Alexandre posa cette question sur le ton désinvolte que l’on emploie pour offrir à des convives une seconde part de gâteau. Et il se trouva trois Stern, dont j’ignorais jusqu’à l’existence, pour réclamer quelques grammes de cet héritage encore tiède » (p 19). Tout commence par un enterrement, celui de Charles, frère d’Alexandre lui-même père de Paul. Charles était un homme très fortuné et inactif, étant posé que la « surveillance de placements spéculatif » ne constitue en rien une « activité harassante ». Divorcé et sans enfant, il se baladait toujours avec Johnny, une femme qui lui faisait office de secrétaire, de conseillère boursière, voire de compagne. Alexandre ne ressemblait en rien à son aîné : marié, bon catholique fidèle à sa femme, des enfants et une entreprise de tondeuse à gazon…. L’incessante rivalité entre les deux hommes, leur haine même, ne fut mise à mal que par le décès du premier. Dès lors, comme si la crémation, d’ailleurs épique, du cercueil avait ouvert une digue, l’existence du benjamin, devenu par le décès heureux héritier d’une immense fortune, bascula : sa vie devint cadencée, ses relations huppées, lui-même athée…

Ces rapides changements déconcertèrent son fils, Paul, lui-même cinquantenaire, déjà en prise avec la dépression de sa femme, Anna. Aussi, quand lui est proposé de jouer les French Script Doctor pendant quelques mois à Hollywood, Paul hésite : peut-il décemment abandonner sa femme bourrée de neuroleptiques et ses trois enfants aux mains d’un père devenu complètement zinzin ? « Pourquoi resterais-tu ? Pour ressembler à un père octogénaire qui s’habille en jockey ? Pour veiller sur une femme qui dort ? » (p 49) Anna a touché juste, Paul s’envole pour Hollywood et investit son nouveau bureau de la Paramount. Là, loin du train-train toulousain, il tente «d’assurer une présence française » dans un navet qui doit être adapté pour les Américains. Le travail est léger, aussi l’expatrié a le temps d’explorer les mœurs hollywoodiens, d’écouter la philosophie des producteurs de pornos et de regarder aux informations les scénaristes grévistes. Loin du Seroplex et des froids psychanalystes de son épouse, il rencontre une merveilleuse créature, Selma, grande cultivatrice de champignons magiques. Paul va alors « s’accommoder de son exil », de ce pays où les femmes ne ferment « pas les portes avant d’aller pisser », où ce sont les « vieux qui surveillent les voitures » et où des organismes biologiques suspects « poussent dans les cuisines ».

Jean-Paul Dubois ne semblent pas chercher, en premier lieu, à tisser un portrait de l’Amérique en creux. La Californie est d’abord un terrain initiatique, un lit psychanalytique dans lequel notre anti-héros va tenter de passer la crise de la cinquantaine, ou plutôt de « s’accommoder » avec cet âge et avec lui-même, comme son père s’accommoda rapidement de sa nouvelle fortune et de la femme de son frère. Ce sont ces arrangements qui occupent l’écrivain, ces compromis parfois loufoques que l’on passe sans cesse avec ses devoirs, ses principes, pour, raisonnablement, vivre au quotidien. Stratégies de survie ou lâcheté ? On ne saurait raisonnablement le dire…

Les accommodements raisonnables, Jean-Paul Dubois, Ed. De l’Olivier, août 2008, 260 p.

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