« Portes et murs », quand le religieux interroge la notion politique de frontière par Astrid von Busekist

13 février 2016 Par Yaël | 0 commentaires

Professeure de Sciences Politique à Sciences-Po, auteure d’un manuel classique de théorie politique et spécialiste de la langue et du nationalisme, Astrid von Busekist se penche sur le cas marginal du eruv - une frontière créée pour permettre aux juifs de circuler plus librement le Shabbat- pour interroger les portes et les murs qui distinguent espace public et privé dans nos démocraties contemporaines. Une bel exercice de style et de pensée politique et internationale.

Note de la rédaction :

« L’eruv est un mur (presque immatériel qui délimite une zone publique et la transforme en zone privée. Il permet aux juifs rabbaniques de respecter les interdictions de shabbat, en se déplaçant au sein de la zone démarquée considérée comme l’extension de l’espace domestique. Puisqu’il est interdit, par exemple, de porter des livres, de la nourriture, des clefs ou de pousser des voitures d’enfants ou des fauteuils roulants à l’extérieur de la maison le jour de Shabbat, l’eruv étend la sphère privée à une zone plus large« .

Interrogeant la manière dont les juifs orthodoxes considèrent eux-mêmes le eruv (qui faciliterait trop le respect du shabbat selon les plus ultras) et surtout la manière dont, dans certaines villes des Etats-unis, du Canada, d’Angleterre et à Strasbourg, les juifs négocient avec les autorités politiques la mise en place de ce fil transparent. Un fil symbolique, presque invisible, qui ne dérange pas ceux qui ne sauraient pas de quoi il s’agit, mais étant tout de même l’expression d’une communauté religieuse particulière dans l’espace public. ce fil, qui sépare pour les juifs le privé du public, est pour les autres citoyens l’expression d’une croyance privée : « Ainsi, compris, l’eruv abolit bien la frontière entre les espaces. Il est paradoxalement, une frontière qui efface la frontière, qui réunit au lieu de séparer, qui relie le privé et le public, les Juifs et les non-Juifs, la maison et la ville, la communauté et la société. là réside la beauté de l’eruv : il reconnait la différence mais l’abolit par le partage, il distingue l’extérieur de l’intérieur mais s’offre comme seuil. »

A partir de cet objet qui sépare autant qu’il crée du lien, Astrid von Busekist élabore une réflexion passionnante (et très référencée) sur la gestion de la diversité religieuse dans diverses villes occidentales. A ceci s’ajoute une une pensée profonde, personnelle et peut-être même séminale, sur nos frontières et leur rôle politique, social et humain. Un texte riche, tirant le fil de la tradition libérale vers une réconciliation avec l’épineux paradoxe du religieux pour faire de certaines traditions et de certaines croyances des sources de réflexion sur la loi juste. Un essai important.

Astrid von Busekist, Portes et murs, Des frontières en démocratie, Albin Michel 224 p., 18 euros. Sortie le 4 février 2016.
visuel : couverture du livre.


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