Pierre Chevalier, l’homme de l’ombre du cinéma se livre

28 février 2017 Par
La Rédaction
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Par Marie Plantin

Tandis que la Cinémathèque Française lui consacre un cycle depuis le 15 février, Arte Editions vient de publier un livre d’entretiens passionnant mené par Philippe Martin des Films Pelléas, et intitulé à bon escient Pierre Chevalier, L’Homme des possibles.

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On lit ce livre d’entretiens comme on soulève un rideau, un voile opaque, sur une personnalité dont on connaissait la partie émergée de l’iceberg, et notamment son travail remarquable au sein de l’Unité Fiction d’Arte qui aura laissé une trace indélébile dans le paysage du cinéma français, mais dont on ignorait tout de la vie personnelle et du parcours qui l’ont mené jusque-là, jusqu’à ce cycle que lui consacre la Cinémathèque Française durant plus d’un mois, programmant nombre de films qui sans lui n’auraient pas vu le jour. Et il est toujours fascinant d’avoir accès au revers de la médaille, dans ce cas-là plus que de coutume, tant le chemin emprunté par Pierre Chevalier ne ressemble à aucun autre, déjoue toutes les attentes. L’ambition n’a pas sa place par exemple dans une telle carrière (contrairement à ce que l’on pourrait penser lorsqu’on arrive à ce genre de responsabilités), aucun plan d’avenir ni projet à long terme chez cet homme insaisissable, neveu de Pierre Boulez, qui échappe encore lorsque l’on referme le livre. Car ce recueil d’entretiens a cette qualité magnifique qui est que son sujet garde son entier mystère bien qu’il s’y dévoile plus que ce que l’on pourrait attendre en ouvrant ce genre d’ouvrage, au-delà du caractère professionnel de la démarche, au-delà du contexte cinématographique.

Aux commandes des opérations, dans le face à face de l’entretien, Philippe Martin, homme du milieu puisque producteur et fondateur des Films Pelléas. Il pose les questions, lance des perches, rebondit, interagit et sa curiosité vient accoucher de cette parole intime et libre, qui avance au gré des souvenirs et réflexions, se raconte sans coquetterie ni artefact, au plus près de sa vérité. Cette sincérité de l’échange entre les deux hommes affleure au fil de la lecture et l’on comprend aisément qu’à un moment la vie d’un homme ne se dissocie pas de son travail, que tout est lié bien évidemment et qu’il aurait été dommage de ne pas pénétrer dans ce cheminement, fait d’errances et de fulgurances, qui fut celui, tellement atypique, de Pierre Chevalier. Inutile de trop en dire ici, quand bien même il n’y a pas de scoop qui tienne ni de révélations croustillantes, ce n’est pas du tout le propos. Mais la justesse du déroulement de ces entretiens nous offre d’entrer dans la temporalité de ce dialogue au long cours (ils ont eu lieu entre juillet à décembre 2016), de la confiance et de la confidence qui s’installent, du suspens qui nourrit les questions. Car il y a une forme de suspens, appelons-le comme ça, dans cette vie loin d’être toute tracée qui surprend par bien des aspects.

Neveu de Boulez avec qui il entretenait une relation presque filiale, Pierre Chevalier a également côtoyé de près la famille Deleuze, vivant chez eux un certain nombre d’années, fut l’ami de Claude Pompidou, fréquenta un certain gratin mondain et de nombreux artistes, pas seulement cinéastes… A côté de ça, chaque poste qu’il occupa (que ce soit à Beaubourg, au CNC, chez Arte ou à la Villa Médicis) ne fut pas l’objet chez lui d’une quête. Pierre Chevalier ne semble jamais avoir brigué un poste ou une place. Il a chopé le coche à certains moments, bénéficié d’opportunités, répondu à des invitations, jusqu’à ce qu’il se révèle et bouleverse le paysage audiovisuel et cinématographique français pendant la dizaine d’années passées à la tête de l’Unité Fiction d’Arte.

Il aura le premier et avec audace créé des passerelles inenvisageables entre cinéma et télévision, et ce, malgré toutes les difficultés rencontrées, lancé le concept de collections, mis le pied à l’étrier de réalisateurs encore frais ou permis à des réalisateurs adoubés de faire certains films qui resteront gravés dans la mémoire collective et le paysage cinématographique des années 90. Quand on pense que derrière Le Péril jeune (Klapich), Les Roseaux Sauvages (Téchiné), Beau Travail (Claire Denis), Marius et Jeannette (Guédiguian) et bien d’autres encore, se cachait monsieur Chevalier… On ne sait pourquoi, ces films, bien que tous extrêmement différents, ont une saveur particulière, ils incarnent une génération, nous parlent de la jeunesse des années 90 (« Tous les garçons et les filles de leur âge »), ils expriment des points de vue forts, des regards engagés, tous relevant d’un geste de cinéma singulier et affirmé.

Pour tous ces films, qui ont fait partie de notre jeunesse, de nos premiers émois cinéphiles même, notre reconnaissance vis-à-vis de Pierre Chevalier était acquise avant la parution de ce livre. Mais après sa lecture, la reconnaissance se double d’une affection toute particulière pour un homme qui nous apparaît tout à coup « humain trop humain », tellement touchant dans son intégrité, son « attirance pour le vide » et la fréquentation des mondains, son goût intense de la découverte, sa grande curiosité, son amour pour les artistes, et ce débordement d’affects qui le caractérisent.

« Je suis né avec de l’admiration et de l’intérêt pour tout ce qui n’est pas la vie courante » dit-il. Effectivement. Et il en a fait bon usage.

Par Marie Plantin

Pierre Chevalier L’Homme des Possibles

Entretiens avec Philippe Martin

Séguier / Arte Editions

Sorti le 14 février

Cycle Pierre Chevalier

Du 15 février au 20 mars 2017

A la Cinémathèque Française

51 Rue de Bercy

75012 Paris

 


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