Pierre Boulez se livre dans des Entretiens

20 avril 2016 Par Yaël | 0 commentaires

Dans un livre rare et attendu, sorti immédiatement en poche après la mort de Pierre Boulez, le compositeur et homme de musique se livre à Pierre Archimbaud. Un livre aussi méthodique que touffu, accessible à tous et où le fondateur de l’IRCAM ouvre une brèche pour comprendre sa vision du monde.
Note de la rédaction :

Très prolixe, très actif mais peu disert, le compositeur Pierre Boulez a accepté de recevoir l’éditeur Michel Archimbaud pour se livrer à l’exercice de l’entretien savant. Très structurée, la conversation commence sur des éléments biographiques laconiques (Boulez parle plus volontiers de ses maîtres, dont Olivier Messiaen, que de l’origine de sa vocation) pour se préciser autour d’une certaine idée très hiérarchique de la musique : l’opéra en général (et baroque en particulier), le jazz, des compositeurs comme Satie se voient renvoyés au genre « mineur », tandis que « le Requiem de Fauré c’est de la bouillie » (p. 113) et la musique d’Offenbach « c’est du bon divertissement » (p. 141).

Au Panthéon inflexible de Boulez, où chaque partition doit bouleverser la création musicale, la musique allemande l’emporte et, avec Wagner, les trois « B’ règnent : Bach, Beethoven et Brahms avant un âge d’or désigné d’avant la guerre de 1914 où Stravinski, Schoenberg, Berg, Bartok et Varèse sont traités en maîtres. Côté contemporain, Berio et Stockhausen tiennent le haut du pavé, avec l’idée « qu’il y a beaucoup de routine et peu d’imagination » dans la création musicale d’aujourd’hui. (p. 130).

Heureusement, il y a des autres arts, où Boulez marche plus voluptueusement avec son temps. Même si le côté industrie du cinéma le laisse de marbre et qu’il s’en tient à Eisenstein, en lettres il est plus coulant, avec Mallarmé, Kafka, Claudel, Genet, René Char, Beckett, le modèle Joyce et côté mise en scène ou chorégraphie, il laisse passer la barre à Chéneau (avec lequel il a fait le mythique Ring) et Béjart. Et côté peinture, Boulez se montre aussi homme de son temps (qui est l’auteur d’un ouvrage sur Klee) quand il affectionne Kandinsky pour limiter l’attrait de Picasso à sa période d’avant 1925.

« J’ai toujours détesté les gens qui parlaient sans savoir de quoi ils parlaient », dit Boulez au début du dernier chapitre du livre qui concerne le pouvoir. L’homme d’institutions ne parle donc pas de politique mais s’en tient à la musique et aux standards qu’elle doit tenir pour porter notre civilisation. Un bel essai froid et acéré, où l’on retrouve à la fois la richesse et le caractère sec et brusque de la pensée de Pierre Boulez. A lire en entier pour découvrir une vision extrêmement cohérente de la musique et du monde, et dépasser la première impression désagréable de distribution de bons et mauvais points.

Pierre Boulez avec Michel Archimbaud, Entretiens, Folio Essai, 224 p., sortie le 3 mars 2016. 9.60 euros.

visuel : couverture du livre.


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