« Murmures à la jeunesse » : le cri du cœur de Christiane Taubira

12 février 2016 Par Clémence Charrier | 0 commentaires

Après son départ surmédiatisé du gouvernement, Christiane Taubira a pris tout le monde de court en publiant un nouvel ouvrage de sa plume : Murmures à la jeunesse. Un livre dans lequel elle met sa voix au service d’une cause qui lui tient à cœur, l’éveil de la jeunesse, le réveil de sa conscience.

Note de la rédaction :

Quiconque suit la vie politique française connaît le goût de l’ancienne Garde des Sceaux pour la littérature. Les mots sont sa passion, chacune de ses interventions, écrite ou orale, en témoigne. Christiane Taubira connaît parfaitement les mots, le pouvoir que l’on est capables de leur donner, et la puissance dont ils sont seuls responsables. Elle sait explorer leur poésie, leur connotation, leur ambivalence, elle sait explorer tout ce qui les compose, et elle sait les décomposer pour les mettre à son service, au service de son esprit et de ses convictions. Tellement que parfois, au fil de la lecture, l’on en vient à se demander si elle ne se joue pas d’eux. Non pas que son ambition à travers de cette œuvre ne soit pas sincère, ou authentique. Mais elle manie si bien les mots que les rallier à sa cause semble être un jeu d’enfant pour cette femme de lettre, et paraît même être un peu trop facile.

Sa prose est un délice pour les yeux et l’esprit tant les associations de mots, les choix des sonorités, des sens, se déroulent et s’étirent sur un peu plus de 90 pages comme un fil, un très beau fil qui jamais ne se casse et toujours déploie ses charmes et sa force. Pourtant, il n’en reste que Murmures à la jeunesse donne l’impression d’être trop maîtrisé justement, à un point que son discours en devient trop évident ; tout est lisse et poli sous couvert d’emphase et de convictions presque dissidentes. Comme si Christiane Taubira s’était restreinte, avait fait le choix de ne pas livrer ses pensées dans un abandon total à l’écriture, comme si elle n’avait pas fait confiance à l’interprétation que l’on peut faire des mots que l’on donne comme portes parole de notre humanité lorsque l’on écrit.

Néanmoins, ce livre est et reste un très beau témoignage d’une volonté de transmission à la jeunesse, jeunesse en laquelle elle croit, et qu’elle prend pour ce qu’elle est. Elle le dit dès les premières lignes : « Une génération peut éclairer le présent et offrir à la suivante de choisir l’épaisseur et les couleurs de son propre présent. Par temps troubles et incertains soumis à des bouleversements ardus à lire, cette faveur se fait devoir. » Et quel bonheur de lire, enfin, quelqu’un qui s’adresse à la jeunesse sans simplifier son propos, son vocabulaire, ses références. Quel bonheur ! Ne serait-ce que pour cela, ce livre mérite d’être lu. Christiane Taubira a compris que la jeunesse ne demande qu’à être portée plus haut encore, qu’elle a besoin d’apprendre, qu’elle veut découvrir, et que cela passe, entre autre, par une élévation de l’esprit, par une recherche intellectuelle, par la connaissance de nouveaux concepts, de nouveaux mots, de nouvelles façons de penser. Elle l’a compris, et c’est le plus beau cadeau de cet ouvrage vibrant.

Un livre de convictions donc, qu’elles soient explicites dans le fond, ou implicites dans la forme. Une mise à nue plus honnête, moins camouflée aurait peut-être donné encore plus de puissance à cette adresse à la jeunesse. Pour autant, elle n’en perd pas son pouvoir évocateur, la force qu’elle inspire, le tout sublimé par une prose amoureuse de ses propres mots. Très beau.

VISUELS : DR


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