« Lou Reed amoureux, c’est un concept un peu abstrait », John Cale

16 avril 2016 Par Antoine Couder | 0 commentaires

Auteur d’une biographie exhaustive sur l’égérie du Velvet Underground, Serge Feray évoque la figure de Nico au travers l’exposition New York Extravaganza, à la Philharmonie de Paris

Quel est votre point de vue sur la notoriété du Velvet underground ?

Le temps a fini par corriger l’injustice qui avait laissé le Velvet, de son vivant, dans
l’ombre. Mais alors que le groupe ne touchait, dans ma jeunesse, que des initiés, je m’étonne qu’il éclipse aujourd’hui l’essentiel de l’œuvre solo de Lou Reed. Il me semble que beaucoup en sont encore à opposer ses deux carrières, alors qu’elles n’en font qu’une, que nombre de chansons inédites à l’époque du Velvet ont trouvé leur place sur ses albums solo, et que Lou Reed a poursuivi dans son œuvre personnelle les expérimentations des années 60 — ne pousse-t-­il pas à l’extrême, dans Metal Machine Music, le parti­-pris de Sister Ray , dont on peut retrouver aussi le souvenir dans un morceau comme Like A Possum ? Il est aussi regrettable que les carrières solo de John Cale, et surtout de Nico, soient toujours éclipsées par les deux années qu’ils ont passées dans le groupe. Music For A New Society vaut bien «Venus In Furs, et The Marble Index est un chef ­d’œuvre autrement plus authentique que Femme Fatale .

Comment apparaît Nico sur les photos alors réalisées par Warhol sur le Velvet Underground ?
Le Velvet pose en noir, comme Warhol, et Nico, qui porte souvent du blanc, est la seule à ne pas cacher son regard derrière des lunettes noires. Blonde, elle incarne la lumière (White Light), au milieu d’un groupe manifestement « du côté obscur ». C’est une opposition entre l’univers masculin du Velvet (Maureen Tucker était souvent prise pour un garçon) et le modèle incarnant l’éternel féminin. Il y a de toute évidence une volonté de la distinguer, esthétiquement. Elle est l’outsider, la superstar. Celle qui a tiré le Velvet de l’anonymat.

Qu’est-ce doit le Velvet à Nico ?
Une attitude, une esthétique, un son — celui de sa voix — et l’idée que le Velvet n’était pas seulement un mur de bruit, mais pouvait évoluer vers l’atmosphère du troisième album. Lou Reed aurait-­il composé « Pale Blue Eyes » s’il n’avait entendu Nico chanter ses ballades ?

De Lou Reed à John Cale, lequel l’a le plus aimé et soutenu artistiquement ?
Etait­-il possible de ne pas tomber amoureux de Nico en 1966 ? N’oubliez pas le mot de Cale : « Lou Reed amoureux, c’est un concept un peu abstrait ». Quoi qu’il pût ressentir envers elle, Lou Reed était bien embêté de l’arrivée de la « déesse » … S’il a accepté sa présence envahissante, c’est qu’il comprenait bien que le Velvet n’aurait pas d’avenir médiatique sans elle. J’imagine qu’il a fait contre mauvaise fortune bon cœur en faisant de Nico sa girl-friend.

A l’inverse de Cale …
John Cale est « plus engagé artistiquement », puisqu’il a continué à travailler avec Nico sur cinq de ses six albums solo, qu’il a contribué à développer son identité musicale, alors que Lou Reed a refusé de lui écrire des chansons quand elle lui en a réclamé avant d’enregistrer The End. C’est aussi John Cale qui a rendu le plus d’hommages à Nico après sa mort, par le biais de reprises, d’écrits, de témoignages, de spectacles, de musiques de ballet et de films pour Garrel… C’est lui, n’en doutons pas, qui a le mieux transposé artistiquement l’amour qu’il a peut-­être ressenti pour elle. Nico ne disait elle pas en 1985 que John et elle s’entendaient si bien qu’ils auraient dû se marier ?
(Recueillis par Antoine Couder)

« Nico, femme fatale » , Serge Feray, Le Mot et le Reste, 2016


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