« L’oeil et l’archive », de Michela Passini : une histoire de l’histoire de l’art

11 septembre 2017 Par
Géraldine Bretault
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Chercheuse au CNRS, Michela Passini étudie l’histoire de l’histoire de l’art, l’histoire des musées et du patrimoine. Cet essai apparaît comme une synthèse de ses travaux, une somme documentée livrant une histoire transanationale de l’art.

 

loeil-et-larchive Si l’on peut considérer que les célèbres Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes de Vasari, rédigées au XVIe siècle, sont déjà un document d’histoire de l’art, on s’accorde généralement à dater l’émergence de la discipline en tant que telle au XIXe siècle. C’est donc à une prise de recul nécessaire que s’essaie Michela Passini, pour livrer une histoire de cette jeune discipline – un effort absolument indispensable pour en comprendre les enjeux ainsi que son évolution contemporaine.

Au-delà du recensement des grands courants et points de vue de la discipline, l’intérêt majeur de cet ouvrage tient à sa riche contextualisation : lorsqu’un historien juif allemand comme Erwin Panofsky quitte son pays pour émigrer aux États-Unis après l’accession au pouvoir d’Hitler, il n’est guère surprenant que son environnement intellectuel subisse l’influence des nouvelles figures rencontrées outre-Atlantique.

Si l’ouvrage (doté d’une riche bibliographie) intéressera surtout les historiens de l’art et les professionnels de la communication et des arts visuels, le langage accessible de l’auteur et la clarté de l’exposé rendent sa lecture très agréable, et en font une sorte de thriller historique autour des œuvres d’art.

Où l’on s’aperçoit que, comme en philosophie ou en histoire, les opinions politiques et l’appartenance sociale des grands historiens de l’art ont bien évidemment conditionné leur approche de la discipline, opposant grossièrement les tenants d’une histoire de l’art formaliste d’une part, dont un célèbre représentant français serait Henri Focillon et sa Vie des formes, et une histoire de l’art sociologique, pour laquelle une œuvre reste indissociable du contexte socio-culturel qui l’a vu naître.

« Aujourd’hui, il n’y a plus de tradition dominante – ni même un petit nombre de traditions dominantes – à partir de laquelle il serait envisageable de produire une histoire unitaire et téléologique de la discipline. Depuis les années 1970, on assiste à l’éclatement des méthodes et des questionnements, et l’histoire de l’art se nourrit d’échanges nombreux avec les autres disciplines des sciences sociales, au point que sur une série de terrains <…>, elle s’inscrit désormais dans des débats entièrement transversaux. » p. 285

L’oeil et l’archive, une histoire de l’histoire de l’art, Michela Passini, Ed. La Découverte, 344 p., 24€, avril 2017