L’Herne consacre un « Cahier » à Jean Cocteau

21 mars 2016 Par Mathias Daval | 0 commentaires

Il fallait bien les 544 pages de ce 113e « Cahier de l’Herne », sous la direction de Serge Linarès, pour dresser le portrait de Jean Cocteau, artiste polymorphe et figure de proue de la modernité artistique du XXe siècle.

Fidèle à la tradition des « Cahiers » de diversifier les sources (correspondances, articles de presse, essais universitaires, aussi bien que textes de l’auteur lui-même), cette anthologie offre des points d’entrée multiples et complémentaires à l’œuvre et à la vie de Cocteau. C’est que ce dernier était le créateur absolu, déclinant ses talents dans toutes les disciplines, mais se définissant toujours comme poète, puisqu’il classait ses activités en « poésie de roman », « poésie critique », « poésie de théâtre », etc.

On ne boudera donc pas son plaisir à retrouver ici, découpée en 11 chapitres thématiques, l’influence considérable qu’exerça Cocteau sur ses contemporains, ainsi que la filiation artistique dont se revendiqueront les générations suivantes, à travers les témoignages de Claudel, Colette, Ionesco, Kessel, Sartre, aussi bien que de Borges, Mishima, Auden ou encore Thomas Mann. La postérité de Cocteau, transformé en monstre sacré intemporel, est peut-être expliquée par le mot de Paul Morand : « cette beauté spirituelle qui vient doubler la beauté formelle de l’œuvre ». Mais aussi par le soin qu’a apporté le poète à « la gloire de sa firme », comme le rappelle Pierre-Marie Héron dans un chapitre consacré à ses certains talents de publiciste.

Quelle que soit la façon dont elle s’exprime, Cocteau rappelle que la poésie est l’art du dévoilement des forces de l’invisible. Le poète n’est-il pas « un mensonge qui dit la vérité » ? ». Le goût prononcé de Cocteau pour le cinéma va d’ailleurs dans ce sens, et Guillaume Boulangé rappelle qu’il en parlait « comme de la 10e muse » (13 pages de l’ouvrage sont consacrées à des textes inédits sur le septième art). Par des jeux d’ombres et de voyages intérieurs, Cocteau n’aura finalement cessé d’appliquer le mot de Mallarmé : « l’explication orphique de la Terre, qui est le seul devoir du poëte et le jeu littéraire par excellence »…

Anticonformiste, Cocteau est le compagnon de route des avant-gardes, avec qui il entretient parfois des relations houleuses, comme en témoignent ses rapports complexes avec les surréalistes (voir les textes de Breton à cet égard). Un long chapitre de Frank Lestringant sur l’amitié rivale avec Gide résume la vie mondaine de Cocteau en une pensée qui semble partagée par un certain nombre de ses contemporains : « Je l’aime bien, mais il m’agace » rappelle le fondateur de la NRF. Ce à quoi Cocteau aurait pu répondre que « la sagesse, c’est être fou lorsque les circonstances en valent la peine. »

On ajoutera toutefois quelques réserves sur la composition du livre. La biographie est réduite son strict minimum, et la bibliographie inexistante. On regrettera également l’absence d’index, au moins des noms propres et des titres d’œuvres, absence qui est toutefois fréquente, malheureusement, dans les « Cahiers de l’Herne ». Enfin, on notera quelques bizarreries, comme cette lettre de Proust dédoublée à l’identique en pages 32 et 393.

Lié à cet ouvrage, il convient d’en mentionner un deuxième, le « Portrait de Mounet-Sully », publié simultanément. Ce portrait de l’un des plus grands comédiens de théâtre du tournant du XXe siècle est richement illustré de dessins de Cocteau.

Cocteau, L’Herne, février 2016, 544 p., 39 €
Jean Cocteau, Portrait de Mounet-Sully, L’Herne, février 2016, 48 p., 16 €


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