L’énigme Artaud dans « Les Temps modernes »

30 mars 2016 Par Mathias Daval | 0 commentaires

Le numéro 687 de janvier-avril 2016 de la revue « Les Temps Modernes » est consacré à Artaud : 22 contributions d’universitaires et autres spécialistes de l’œuvre du poète fulgurant dont l’influence est, depuis sa mort en 1948, toujours aussi considérable.

En introduction, Jean-Pierre Martin rappelle que les années 1960 et 70 furent « le moment Artaud de la littérature ». Une époque où exégèse et filiation deviennent centrales dans la scène intellectuelle française. Où le problème de son aliénation, de sa schizophrénie, questionne les limites de l’art et de la pensée. Où comme le rappelle Marc Courtieu, sa folie est esthétisée et où l’on tente de décrypter « Artaud le Momô », figure du chaman moderne.

Car le mythe Artaud, c’est celui du poète maudit rimbaldien – la déchéance psychiatrique en plus. Guillaume Bridet, dans un article très détaillé sur le traitement d’Artaud entre 1990 et 2014 par trois grands quotidiens français (Le Monde, Libération, Le Figaro), rappelle le mot de Bertrand Poirot-Delpech : « Il y a cinquante ans, le XXe siècle perdait son Rimbaud, immolé, calciné sur l’autel de l’art. »

Nathalie Barberger et Jean-Michel Rey reviennent sur la genèse de son œuvre telle qu’elle s’exprime dans la correspondance d’Artaud avec Jacques Rivière (1923-24, il a alors 26 ans), moment fondamental de sa confession : « Je souffre d’une effroyable maladie de l’esprit. » Un échange qui sera abondamment commenté par les critiques littéraires, Blanchot en tête, même si le dossier des « Temps modernes » insiste davantage sur les rapports qu’entretenaient Derrida, Deleuze et Foucault avec la pensée d’Artaud.

Incontournable également, le rapport ambigu d’Artaud avec le surréalisme ; pour Michel Murat, il faut « rendre Artaud au surréalisme, et il faut rendre le surréalisme à Artaud ». Le poète ne rentre pas dans les cases. Arnaud Rykner le résume parfaitement (dans son excellent – et malicieux – article « Rien à faire d’Artaud ») par la formule : « Ni avec lui, ni sans lui ». Toute tentative de récupération semble en effet vaine, car Artaud est insaisissable. Alain Milon cite d’ailleurs Michaux : « Je veux que mes tracés soient le phrasé même de la vie, mais souple, mais déformable, sinueux. » Une caractérisation assez juste de l’œuvre d’Artaud toute entière, de son « impouvoir » d’écriture. Car l’énigme Artaud, c’est d’abord ceci : écrire sur l’impossibilité d’écrire.

Les Temps Modernes, « L’énigme Artaud », Gallimard, mars 2016. 352 p., 29 €


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