« L’artiste et le populiste » de Jean-Marie Hordé : plaidoyer pour un théâtre de la vérité

5 avril 2017 Par
Yaël Hirsch
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Directeur du Théâtre de la Bastille, metteur en scène et philosophe de formation et auteur entres auteur de Un Directeur de Théâtre (2008), Jean-Marie Hordé propose avec L’artiste et le populiste (Les solitaires intempestifs, 2017) d’ériger l’art – et particulièrement le théâtre – en lieu de vérité et en conter-poison contre le simplisme flagorneur des discours populistes. Un petit livre passionnant qui transmet une certaine idée de la culture.

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Un peu comme Max Weber avec le Savant et le Politique ou Arendt avec le Paria et le Parvenu, Jean-Marie Hordé aime réfléchir en termes de personnages. Sur la scène de la démocratie, comment l’artiste peut-il se démarquer du populiste? Comment peut-il risquer de ne pas plaire et jouer son véritable rôle qui est de parler au public de vérités? C’est en abolissant la dichotomie factice entre la culture de l’élite et celle du peuple, en donnant en partage une grande culture où les « œuvres ne s’épuisent pas dans le plaisir qu’elles entraînent » selon le mot du sociologue Jean Duvignaud, que Jean-Marie Hordé propose de faire de l’artiste (et notamment de l’homme de théâtre) un des gardes-fous de la possibilité de sortir de soi, de son identité et donc la démocratie.

Pour l’auteur, l’amour de l’art passe par l’admiration et l’universel doit rester « fendu » (p. 28) et la popularité d’une oeuvre est le résultat de son altérite et de sa complexité. Dans ces conditions, le politique doit permettre à la culture de pratiquer la « politique de l’amitié » chère à Aristote et revue au début du 21e siècle par Derrida en aménageant une hospitalité vers des œuvres exigeante. L’Etat ne doit pas faire comme le marché mais permettre l’émergence d’une demande d’œuvres qui ne s’puisent pas dans le plaisir qu’elles procurent. C’est ainsi que les individus peuvent exercer leur jugement, leur discernement et préparer par l’art leur métier de citoyen.

Abandonnant vite la figure du populiste, dominante aujourd’hui pour revivifier la figure de l’artiste et des institutions qui peuvent le porter, l’essai de Jean-Marie Hordé est un plaidoyer pour un art de l’exigence et d’un dialogue qui cherche la vérité.

Jean-Marie Hordé, L’artiste et le populiste, Les solitaires intempestifs, 80 p., sortie le 12/03/2017, 13 euros.
visuel : couverture du livre.