« Les Glorieuses, Chroniques d’une féministe » Rebecca Amsellem construit sa conscience féministe

29 mai 2018 Par
Aurore Garot
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Rebecca Amsellem publie aux éditions Hoëbeke un recueil de vingt chroniques inédites et merveilleusement illustrées par Clémentine du Pontavice. Un livre à mettre dans les mains de toutes les femmes…Ces Glorieuses.

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Pour Rebecca Amsellem, fondatrice de la newsletter féministe Les Glorieuses, sa madeleine est un rideau, dans une synagogue conservatrice qui séparait les hommes et les femmes. Quand elle était petite, sa grand-mère, Yvette, s’amusait à tirer le rideau pour montrer et se moquer de « ceux qui avait la légitimité de prières », énervant ainsi la gente masculine « déconcentrée » dans la lecture de la Torah. Les femmes n’étaient pas amenées à lire le texte sacré car elles étaient considérées comme naturellement supérieure par leur don d’enfanter… En application, cela voulait dire que les femmes, dominant la sphère privée, n’avait pas à porter leur voix dans l’espace public. A sa mort, sa petite-fille lui rend hommage…en tirant le rideau à son tour. « Si quelque chose ne te plaît pas, parle, essaie de la changer » lui disait-elle. Une anecdote qui ouvre la voie à une réflexion, celle de la transmission, de la mise en place de la domination des hommes sur les femmes par la différence anatomique des deux sexes, que l’auteur développe en citant les Glorieuses qui l’ont inspiré, et en expliquant son propre point de vue.

A travers ses rencontres, ses lectures, les femmes qui l’ont inspiré et ses anecdotes personnelles, la docteure en économie, qui a lancé les mouvements pour l’égalité salariale du #7novembre16h34 et du #3novembre11h44, raconte chronique par chronique comment elle est devenue féministe. Car en reprenant Simone de Beauvoir, l’auteure explique qu’« il y a celles qui disent être nées féministes […] et il y a moi. […] Je ne suis pas née femme. Je suis pas non plus née féministe. Je le suis devenue. Il aura fallu une conversion. De celles dont on ne revient pas ». Une conversion qui s’est faite au fur et à mesure à la découverte d’Olympe de Gouge, Nina Simone, Anaïs Nin, sa mère, sa grand-mère et toutes les autres femmes qu’elle a rencontré ou imaginé, (ces fameuses « Glorieuses »)… Mais aussi grâce à son propre vécu, d’une invitation à une émission de radio aux remarques d’une espèce largement répandue dans les soirées parisiennes, celui-dont-on-se-moque-de-l’avis-mais-qui-n’hésite-jamais-à-le-donner en passant par la manifestation pour la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. Souvent drôles (voir la chronique « j’ai failli perdre mon œil pour du Safran »), ses anecdotes intimes révèlent son parcours, ses peurs et toutes les choses qu’elle a découvert à travers le féminisme. Car chaque histoire ouvre la porte d’une réflexion : sur la sororité, sur la zone grise, sur l’importance des mots dans le combat féministe (pourquoi le musée de l’Homme et pas le musée de l’Humanité ?), sur les représentations des femmes…

Alors qu’habituellement, Rebecca Amsellem évite la première personne, dans Les Glorieuses, chroniques d’une féministe, l’auteure se lâche. Un « je » politique et engagé, qui incarne sa légitimité à parler en tant qu’être individuel, en tant que femme visible et active sur la place publique. Un « je » qui la différencie des autres femmes par l’explication de sa pensée personnelle (il y a autant de féministe que de femmes et donc autant de manière d’agir selon ce concept), mais qui fait pourtant écho à toutes.

Rebecca Amsellem, Les Glorieuses, chroniques d’une féministe, édition Hoëbeke, Paris, 2018, 180 pages, 18€.

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