« ENCYCLOPÉDIE CRITIQUE DU GENRE » , UNE SOMME INDISPENSABLE

14 février 2017 Par
Jérôme Avenas
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Dans un ouvrage accessible, bien que pointu, une équipe de chercheur-euses, sous la direction de Juliette Rennes (sociologue à l’EHESS), dresse « un état des savoirs » de la recherche en études de genre. Les entrées sont claires, synthétiques, sans jargon inutile mais solidement documentées. « Âge », « danse », « gouvernement des corps », « jeunesse et sexualité », « mâle/femelle », mais aussi « taille », « psychanalyse » et « religion », chaque contribution développe un thème abordé par les études de genre « à partir de trois axes le corps, la sexualité et les rapports sociaux ».

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Les études de genre n’en sont pas à leurs premiers balbutiements. Elles ne sont pas non plus figées en idéologie, loin de là. Tout, dans l’épais volume publié à La Découverte, nous le prouve. Près de 90 contributeurs, chercheur-euses de tous horizons dressent un « état des savoirs ». Résultat : une soixantaine d’entrées qui explorent ce qui est passé en quelques décennies de l’état d’impensé à celui de concept.
Chaque notice résume les connaissances scientifiques autour de la notion abordée et détaille les éventuelles approches théoriques et méthodologiques qui peuvent différer d’un-e chercheur-euse à l’autre. Le tout est assorti d’une solide bibliographie qui donne des pistes d’approfondissement. « Mais », nous avertit Juliette Rennes, « cet ouvrage collectif s’inscrit également dans un mouvement de critique interne aux études de genre. En effet, si celles-ci se sont constituées face au déni des effets de genre dans la plupart des travaux de sciences sociales, elles n’ont cependant pas échappé à l’aveuglement face à d’autres rapports de domination, engendré par une focalisation sur le genre. » Ainsi, l’intersectionnalité (« articulation des rapports de genre avec d’autres rapports sociaux ») est un fil conducteur de l’ouvrage.

Toutes les notices seraient à citer, tant elles bousculent ce que l’on pensait savoir sur tel ou tel sujet. La « taille », par exemple. Priscille Touraille nous explique que: « Si ‘c’est génétique’, pense-t-on, ce ne peut pas être social. Or, le raisonnement ordinaire a une vision très inexacte de ce que disent les sciences de l’évolution. Les ‘gènes’ ne sont pas forcément le produit de la nature. Les gènes, bien entendu, ne peuvent pas être ‘fabriqués’ par les pratiques sociales, mais ils peuvent être sélectionnés par elles. Ceci veut dire que les pratiques sociales ont l’énorme pouvoir de faire exister tels ou tels gènes, c’est-à-dire de faire que certains gènes soient plus représentés que d’autres à l’échelle d’une population. » Pour le binôme « drag et performance », Luca Greco et Stéphanie Kunert (voir notre entretien avec elle dans ce dossier) concluent « si la figure de la drag queen, depuis Butler, a occupé de façon paradigmatique la scène de la performance du genre, les pratiques drag kings commencent, depuis les recherches de Halberstam, à bénéficier de travaux empiriques rendant compte de leur dimension intersectionnelle, incarnée, historique et collective. »
Les études de genre ont mis au jour des outils devenus indispensables pour penser le monde. Cet ouvrage, aussi réussi qu’ambitieux, constitue un formidable tour d’horizon des perspectives d’un champ de recherche qui n’en finit pas d’évoluer.

Encyclopédie critique du genre, sous la direction de Juliette Rennes, La Découverte, novembre 2016, 752 pages, 35€ (papier), 22,99€ (numérique)


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