De Freud à Federn : Une correspondance chargée d’histoire et d’affection

4 septembre 2018 Par
Emmanuel Niddam
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Le groupe de recherche Paul Federn et La Psychothérapie des Psychose a permis la publication des lettres adressées par Freud à Paul Federn. Cette correspondance, traduite par Benjamin Levy, offre un voyage dans la création du mouvement psychanalytique et l’amitié entre ces deux personnages. Un vertige épistolaire accru par la quasi absence des lettres de Federn englouties par le temps.

Freud à Federn :Aux origines du mouvement psychanalytique

De Freud a Federn

L’origine fait fantasmer. Cet ouvrage nous ouvre la porte sur le fantasme de celle de la psychanalyse, par l’entrebâillement d’une amitié méconnue, celle de Freud avec Federn. Paul Federn  (1877-1950) présida la Société Psychanalytique de Viennes à la suite de Freud, puis occupa des responsabilités majeures dans le cercle psychanalytique à Vienne comme aux Etats-Unis.

Après une introduction documentée produite par le groupe de recherche dédié à Federn, le lecteur rencontre une collection de lettres, de cartes postales, de courriers accompagnant des documents, rédigés par Freud pour Federn, et conservés dans la bibliothèque du congrès aux Etats-Unis.

On y apprend beaucoup. Le pragmatisme étourdissant des descriptions cliniques de Freud. L’humilité face à la guérison éventuelle, aux orientations de prises en charges. Le tout en quelques mots griffonés sur des cartes.

Les grandes ruptures connues dans le mouvement psychanalytique – comme avec Carl G. Jung et Otto Rank – y trouvent un écho. Des traces et des références à des questions théoriques également.

Freud à Federn : L’obsession du collectif

De ces écrits épars et de diverses factures se dégageaient à nos yeux deux grandes impressions.

D’abord, son inlassable insistance à faire tenir et avancer les institutions. Clinique de soins accessible à tous, maison d’édition, associations de psychanalystes à Viennes ou ailleurs : la vie de ces petites sociétés est la motivation première des courriers. Leurs finances sont un sujet d’inquiétude, en particulier celles de l’Ambulatorium, mais aussi la place que chaque psychanalyste peut y occuper. Freud s’engage et encourage Federn à produire des efforts pour ménager les susceptibilités des uns et des autres, laisser de l’espace à l’expression des ego. Très souvent Freud insiste pour éviter à avoir à donner son avis, craignant de blesser l’un, ou de faire fuir l’autre. Très loin d’une école autocratique, Freud consomme son encre à accompagner l’infatigable Paul Federn vers une culture du collectif.

Puis, Freud semble faire des efforts pour ménager Federn de son propre jugement. Espérait-il que son disciple soit convaincu définitivement de son estime ? Les signes d’affection se multiplient, les formules de reconnaissance aussi. Cette répétition nous laisse imaginer que Federn lui, ne parvient à répondre que dans la langue de l’élève à son maître. Peut-on faire un ami de son élève ?

Voilà nos deux pionniers de l’inconscient bataillant, plume à la main, pour ménager la place de chacun, offrant alors une illustration aux Maximes des Pères (1;6) :

Yehochouâ, fils de Prahia, et Nitaï d’Arbel furent les disciples des précédents. Yehochouâ, fils de Prahia disait : « Fais-toi un maître, acquiers toi un compagnon d’étude et juge tout homme sous un jour favorable. »

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Sigmund Freud, Cartes postales, notes & lettres de Sigmund Freud à Paul Federn (1905-1938),  Ithaque Editions, 2018

Traduit de l’allemand par Benjamin Lévy, avec la collaboration de Ch. Woerle pour la transcription.

Avec une Introduction par le Groupe de travail Paul Federn (Fl. Houssier, D. Bonnichon, A. Blanc et X. Vlachopoulou).

https://www.ithaque-editions.fr/ithhc019freud-federn

Visuel : ©Couverture du livre