« Comme des fous, folie et trauma dans Tristam Shandy » de Francoise Davoine

9 juin 2017 Par
David Rofé-Sarfati
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Françoise Davoine, psychanalyste avec son mari Jean-Max Gaudillière lui aussi psychanalyste animèrent, durant près de trente ans, à l’École des Hautes Etudes en Sciences Sociales, un séminaire centré sur la folie. Elle signe dans un entretien imaginaire avec son mari récemment décédé une distraction sur le livre premier de « Vie et opinions de Tristram Shandy » de Laurence Sterne.

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C’est sous la forme d’un dialogue enlevé et érudit que le livre décrit les traumas et la folie qui s’emparent des personnages du roman. La lecture est psychanalytique mais aussi philosophique, historique et politique. Françoise Davoine qui a lu le texte en anglais le commente dans une proximité très forte presque familière avec Laurence Sterne. Certaines remarques sont désopilantes et rappelle combien la psychanalyse est sœur du mot d’esprit.

« J »aurais bien voulu que mon père et ma mère, ou de fait tous les deux à la fois pendant qu’ils faisaient leur devoir, tous deux également, attelés à la tache, aient prêté attention à ce qu’ils faisaient quand ils m’ont conçu. » 

Voila la pensée du Tristram Shandy, et derrière cette réclamation-accusation la question: A quoi tient une existence, et quand commence t’elle ? L’impasse du raisonnement, qui suis-je lorsque je ne suis pas encore, signe l’esprit du livre de Sterne, un livre de la déraison, et le livre de Davoine, plaisir de lecture, en épouse le biais.

Les psychanalystes repéreront la question de la scène primitive, du refoulement primaire, de la castration et de la force du signifiant. L’analyse des « dada’ de l’oncle Toby est une source de réflexion; est même abordé le rapport entre les neurosciences et la psychanalyse dans un échange autour du trauma et de la camera. Les psychanalystes apprécieront cette façon souriante d’aborder les sujets cardinaux. Les non-psychanalystes auront un authentique plaisir à lire ce petit essai car il n’est pas nécessaire d’avoir lu Freud ou Lacan (difficile en revanche sans avoir lu le roman de lire l’essai qui est une discussion sur Tristram Shandy ).

Le roman si unique de Sterne est un ouvrage un peu fou sur la question universelle  « D’où viens-je, pourquoi moi et pas un autre et quel sens donner à tout cela ? » . La plume de Francoise Davoine sans vulgarisation réductrice est généreuse. Son commentaire du first volume se lit d’un trait.

FRANÇOISE DAVOINE
Comme des fous. Folie et trauma dans «Tristram Shandy»
Collection Connaissance de l’Inconscient, Série Le principe de plaisir, Gallimard
112 pages, Parution : 19-01-2017

 


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