Eric-Emmanuel Schmitt, Ulysse from Bagdad

27 octobre 2008 Par yael | 2 commentaires

eric Délaissant le format “nouvelle” de ses deux derniers livres, l’auteur d’ « Odette tout le monde » revient au roman. « Ulysse from Bagdad » suit l’épopée clandestine du jeune Saad Saad qui quitte son Bagdad natal détruit par la guerre pour tenter de trouver un asile à Londres. Le livre d’Eric-Emmanuel Schmitt sort le 3 novembre en librairies.

Saad Saad est un jeune irakien qui ne peut plus vivre dans son pays. Si le régime de Saddam Hussein était terrible et si sa famille n’a jamais été hostile aux américains, l’embargo puis la guerre ont dévasté son pays. Et coûté la mort de sa fiancée lors d’un attentat ainsi que celle du père, bibliothécaire et libre-penseur, lors d’une altercation avec les occupants américains. Cette odyssée contemporaine conduit Saad (qui veut dire triste en Anglais et espoir en Arabe) vers un futur difficile, lors d’un voyage qu’il souhaite sans retour. Abordant deux sujets difficiles (la guerre et l’immigration clandestine) par le biais de la fable, Eric-Emmanuel Schmitt parvient à mettre son lecteur dans la peau d’un Ulysse contemporain. Plus victime que héros rusé, le personnage de Saad permet de comprendre de l’intérieur les affres de la guerre, et la dignité nécessaire des clandestins.

Prenant à rebours Homère, puisque la guerre a lieu en Ithaque/Bagdad, l’auteur respecte certaines des étapes du voyage d’Ulysse, notamment la trêve amoureuse auprès de Nausicaa, représentée dans le roman par une jeune femme italienne, amoureuse de Saad et généreuse. La magie est aussi partie prenante de l’intrigue : avec la figure du fantôme du père en mentor, et la réapparition inattendue de certains personnage. Le contraste entre le réenchantement de l’épopée et le réalisme des évènements terribles permet à Schmitt de donner une lecture toute en nuances de la situation tragique dans laquelle se trouve Saad. Sans épargner au lecteur les passages difficiles de deuil et d’humiliation, ce récit est comme toujours chez Eric-Emmanuel Schmitt profondément humain. Avec quelques meurtriers sanglants, mais bien plus souvent des hommes prisonniers de leurs contradictions, tels les garde-frontières, sensibles au désarroi des immigrés clandestins, mais bien forcés d’accomplir leur tâche. Les plus grands malheurs, comme la mort du père, ou les bombardements de Bagdad, semblent souvent être le fait de l’incompréhension, du manque de communication. Pas de banalité du mal, donc, ni de violence gratuite et désincarnée dans cet « Ulysse from Bagdad », mais pas de bons sentiments bêlants.
L’auteur profite des interstices entre les étapes du voyage et les moments de magie pour introduire certaines de ses réflexions sur ses contemporains en temps de guerre, et sur nous autres Occidentaux, face à la misère des autres. Le style toujours fluide de Schmitt donne aux deux parties du livre une continuité et une fluidité qui donnent envie de le lire d’une traite.
Courageusement, « Ulysse from Bagdad » aborde avec toutes les armes de la littérature un sujet grave pour nous y rendre sensible sans brutalité et sans fausse douceur.

 

Eric-Emmanuel Schmitt, « Ulysse from Bagdad », Albin Michel, 20 euros.

« C’est là que commence la barbarie, Saad : quand on ne se reconnait plus dans l’autre, quand on désigne des sous-hommes, quand on classe l’humain de façon hierarchique et qu’on exclut certains de l’humanité. Moi j’ai toujours choisi la civilisation contre la barbarie. Et tant qu’il y aura des ‘gens qui ont droit à’ et des ‘gens qui n’ont pas droit à’, il y aura de la barbarie » p. 292-293

ulysse


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COMMENTAIRES:

  1. chabasse

    « Ulysse from Bagdad », un titre séduisant et révélateur au moment du Vendée Globe

    Une première et agréable lecture confirme la continuité, celle de la pensée, des interrogations et de l’élégance.

    L’auditoire de Eric Emmanuel Schmitt a bien grandi depuis les amphis de l’université et la communication bien adaptée aux formes modernes de l’échange.
    Si le paysage, les décors changent, hier dans l’avion de Dieu, aujourd’hui sur les vagues dans le chaos
    ce qui ne change pas c’est le regard sur la condition humaine, la naissance, la liberté, l’identité, l’égalité des chances autant d’interrogations qui interpellent comme un rappel de la « première charte des droits de l’homme ».

    Lecteurs apprivoisés, avec plaisir, nous avons partagé les difficultés du jeune Saad, dans son odyssée .
    Tous les octogénaires du web seront heureux de poursuivre le voyage et le rêve avec l’odyssée autour du monde
    Cordialement

    http://blog.chabasse.fr

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