D’un pays sans amour, l’amitié de trois poètes yiddishophones selon Gilles Rozier

25 juillet 2011 Par
Yaël Hirsch
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Traducteur du yiddish et de l’hébreu, et pilier de la Maison de la culture yiddish-bibliothèque Medem à Paris, Gilles Rozier a publié 5 romans chez Denoël. En cette rentrée littéraire 2011, il romance l’amitié de 3 poètes nés en Pologne, de culture yiddishe, mais dont le 20e siècle a fragmenté les destins. Une bonne occasion de découvrir Peretz Markish, Uri-Zvi Grinberg et Melek Ravitsch à travers leurs vies trépidantes, mais aussi certains textes. Sortie le 24 août 2011 chez Grasset.

Pierre est un jeune-homme français qui se prend d’amour pour la langue yiddishe. Il rend visite à une vieille dame, Sulamita, recluse dans un Palais Romain où la plus grande collection de livres yiddishs est précieusement entassée. D’abord méfiante, Sulamita finit par s’ouvrir à Pierre. Elle lui raconte la vie de trois poètes que son père a connus et qui se sont croisés au début des années 1920 en Pologne, à l’heure où certains juifs intellectuels pouvaient encore rêver de conquérir le monde. L’un, Melek Ravitsch, vient d’une riche famille et est plus un fin lettré généreux qu’un grand poète, l’autre Peretz Markish fait le choix de devenir le poète yiddish officiel de l’URSS de Staline, le troisième émigre en Israël (pour de bon en 1939), où il est proche de l’irgoun et devient l’un des grands poètes nationalistes du nouvel état. Fasciné par la narration de cette bien aimée d’un certain âge, Pierre croit tomber amoureux. Sulamita le repousse pour mieux l’envoyer en Israël, sur les traces des trois poètes dont elle lui a longuement parlé.

Roman parfaitement construit, aussi riche en rebondissements qu’en nostalgie, « D’un pays sans amour » fait passer dans le miel fleuri de la langue de Gilles Rozier des informations importantes. Portant à la connaissance d’un public français qui ne les connaît pas trois grands poètes, l’auteur retrace avec amour leurs visions du monde pour nous montrer, à travers la manière dont elles s’entrecroisent et s’opposent- l’esprit de tout un temps. A travers les aventures plus ou moins heureuses de Peretz Markish, Uri-Zvi Grinberg et Melek Ravitsch, Gillez Rozier nous ouvre les seules perspectives qui se prêtaient aux juifs d’Europe, face à la montée des deux totalitarismes. Il sait faire vivre ces perspectives, à travers les choix et les sentiments de ses héros, toujours ramenés vers notre présent. Un très beau livre, porté par un auteur à la fois érudit et passionné.

Gilles Rozier, D’un pays sans amour, Grasset, 449 p., 19 euros. Sortie le 28 août 2011.