« Le Bon Coeur » de Michel Bernard : Jeanne l’évidente

4 janvier 2018 Par
Géraldine Bretault
| 0 commentaires

Comme à son habitude, Michel Bernard cite ses sources historiques en fin d’ouvrage. En effet, Le Bon Cœur, qui succède à Deux remords de Claude Monet (2016), est bien un roman. Pourtant, il s’intéresse à une figure majeure de l’histoire de France, Jeanne d’Arc.

Michel Bernard Paris septembre 2017

Régulièrement récupérée par des idéologies plus nauséabondes les unes que les autres, la figure de Jeanne d’Arc a de quoi faire peur. Michel Bernard réussit pourtant le tour de force de nous convaincre de l’authenticité de son personnage sans nous noyer sous les faits historiques. Sa Jeanne y est pucelle, bien entendu, mais faite de chair et d’os, et surtout d’émotions.

Dans un équilibre parfait entre narration factuelle et impressions sensuelles livrées par petites touches, le portrait de son héroïne se brosse pas à pas, ou foulée après foulée, à mesure que sa propre légende grandit, et que son caractère s’affirme. Plusieurs cartes permettent de suivre sa trajectoire et de retrouver les grands événements de sa biographie : le départ de Domrémy, la rencontre avec Charles VII à Chinon, les Anglais vaincus à Orléans, le sacre du roi à Reims.

Alors que le récit aborde son virage vers la chute – la capture de Jeanne par les Bourguignons, sa tentative de suicide (comme semble l’accréditer l’auteur), ses deux procès, son supplice -, et bien que la fin en soit tragiquement connue, le lecteur est emporté à hauteur de regard de ce personnage, dont la singularité débordait déjà grandement des limites admises à son époque.

Jeanne entend des voix, mais surtout elle répond, elle toise, elle porte des vêtements d’homme, elle se bat ; elle revendique une liberté d’expression pour son sexe qui n’adviendra que des siècles plus tard. À travers son écriture, l’auteur parvient à dégager sa figure lumineuse au sein de ces hommes bruts souvent, attentionnés parfois.

Un récit émouvant, enlevé dans une langue sensuelle et précise.

« Le jour finissait lorsque le guide désigna au loin, dans une échancrure, un éclat blême, un copeau de métal fiché dans la bourre des taillis. « La Loire ! » Ils arrivèrent à Gien dans la nuit. L’obscurité sentait l’eau. Le guet leur indiqua l’abri des pèlerins. Le lendemain, Jeanne entendit la messe du matin. S’étant confessée, elle communia et mêla sa voix à celles de l’officiant et des fidèles. Ils priaient pour le roi et la sauvegarde du royaume. » p. 35

 

Le Bon Cœur, Michel Bernard, éditions de la Table Ronde, collection Vermillon, 240 pages, 20€, paru le 4 janvier 2018

visuels : © couverture et portrait de l’auteur par Hélène Bamberger