Boris Bergmann : Les Déserteur(s) font de la résistance

5 septembre 2016 Par Marianne Fougere | 0 commentaires

Quand certains créent l’événement, en organisant (ce week-end) le premier salon consacré exclusivement aux drones, Boris Bergmann fait sensation en se proposant de donner chair (humaine) à cette guerre new generation. A la force de frappe technologique, il oppose le pouvoir de dévoilement des mots pour mieux cerner les nouveaux contours de l’engagement et de la résistance.

Note de la rédaction :

Quand d’autres rejoignent les rangs de l’armée des invisibles et autres anonymes, notre narrateur hésite. Incertain quant aux causes qui l’animent et sceptique vis-à-vis de toute forme d’engagement, même trouble. Son cœur balance ; et s’il finit par céder à l’appel de la mobilisation générale, c’est par amour … et par déception amoureuse qu’il décide brusquement de changer de camp. Sa revanche et sa vengeance ? Il les obtiendra en rejoignant les drapeaux, en mettant son talent au service du gouvernement et de son armée de drones. De Paris au Moyen-Orient, des bureaux climatisés à la chaleur étouffante du terrain, c’est donc le journal intime d’une guerre que nous livre Boris Bergmann.

La guerre, pourtant, irradie de son absence présente, de sa présence absente. Etre déployé sur le front ne signifie pas nécessairement combler la distance. Pire, s’en rapprocher, c’est se condamner à l’exclusion. La vie au front est dure pour ces parias que sont les hackers qui, borgnes au royaume des aveugles, ont seuls le privilège de combattre du bout des doigts. A l’extérieur de la salle informatique, la mutinerie s’organise. Le gouvernement consent à sacrifier quelques hommes histoire de rassasier la soif de sang et d’exaucer les rêves de blessure du reste des troupes. Pendant ce temps, notre narrateur, un « je » dont on ignore tout, continue de pianoter tranquillement sans aucun frisson patriotique…

De l’intrigue et du revirement de situation vers lequel nous conduit inéluctablement le récit, il est difficile d’en dire plus sans risquer de spoiler. Ce que l’on peut dire en revanche, c’est qu’à chaque page tournée le sol se dérobe un peu plus sous nos pieds. Dans un style simple mais rythmé, Bergmann nous plonge littéralement au cœur du bourbier. Aucune fioriture, aucune surenchère dans les décors. Seules quelques descriptions saisissantes, mais elles suffisent amplement à nous donner à voir et à sentir une guerre pourtant invisible. Ou, quand lecture rime étrangement avec expérience de réalité augmentée.

Cette fable, ancrée dans un avenir fictif, mais ô combien tangible, fournit à Bergmann un terrain propice au déploiement d’un propos intelligent et lucide. Sans jamais sombrer dans le moralisme ni céder à une pathétique facilité, l’écrivain substitue à la hauteur de vue philosophique la portée d’un récit écrit à hauteur d’hommes. Dans un monde où règne la caricature, il réussit l’exploit de dresser le portrait de personnages ambigus et dont les tâtonnements résonnent jusqu’au plus profond de nous. Comment résister et lutter quand nous a été retiré jusqu’au droit de combattre à armes égales ? Ou placer sa loyauté quand les lignes alliées et ennemies se brouillent littéralement ? Comment redevenir pleinement autonome quand la modernité « libérale » reporte sa responsabilité sur des gadgets technologiques ? Autant de questions qui nous envahissent une fois dévoré et refermé ce livre, petit par la taille mais grand par la clairvoyance.

Boris Bergmann, Déserteur, Paris, Calmann-Lévy, sortie le 17 août 2016, 232 pages, 17 euros

Visuel : couverture de l’ouvrage


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