Festival de la BD d’Angoulême : aucune femme nominée !

6 janvier 2016 Par Aurélie David | 2 commentaires

Depuis hier, l’annonce de la liste des nominés pour le Grand Prix du Festival de la BD d’Angoulême a créé de fortes émulations. Parmi les 30 noms retenus, zéro femmes ! Une décision qui choque les professionnels du 9e art qui accusent le Festival de sexisme !

Chaque année, le festival international de la bande-dessinée d’Angoulême (FIBDA) décerne neuf Prix, appelés les « Fauves d’Angoulême », aux livres français diffusés dans les librairies francophones entre début décembre et fin novembre de l’année suivante. Parmi eux, le Grand Prix de la ville d’Angoulême. Qu’elle n’a pas été la surprise mardi 5 janvier à l’annonce d’une sélection exclusivement masculine pour la 43e édition qui se déroulera du 28 au 31 janvier prochain ? Trente nom où ne figure celui d’aucune femme ! Une décision qui étonne et qui détonne dans le monde du 9e art !

Des réactions en chaînes

Tout d’abord, le Collectif des créatrices de bande dessinée contre le sexisme qui s’est rapidement exprimé suite à cette annonce : « Nous nous élevons contre cette discrimination évidente, cette négation totale de notre représentativité dans un médium qui compte de plus en plus de femmes. […] Ce prix n’est pas seulement honorifique, il a un impact économique évident : les auteur.e.s vont être mis en avant médiatiquement, la distinction aura un impact sur la chaîne du livre dont bénéficieront libraires, éditeurs… et l’auteur.e primé.e. Nous demandons tout simplement une prise en compte de la réalité de notre existence et de notre valeur. » Le Collectif a ainsi appelé au boycott du vote pour le Grand Prix du festival.

Florence Cestac, seule femme à avoir été récompensé par ce Prix en 2000, a approuvé cette réaction : « Elles ont raison. Maintenant qu’elles sont assez nombreuses pour s’unir, elles sont plus fortes pour réclamer une juste place. De mon temps je me suis tellement sentie seule. Le milieu est très masculin. C’est honteux que ces messieurs n’aient pas pensé à mettre des femmes dans leur sélection. Mais ce festival comme le milieu de la BD est tenu par des hommes, qui pensent qu’on n’y peut rien. ». Coco, dessinatrice de presse, était l’invitée de la matinale de France Inter ce mercredi 6 janvier, et s’est étonnée de cette sélection : « Comment ont-ils pu sélectionner les auteurs sans se rendre compte qu’il n’y avait pas de femme ? […] Des femmes dans la BD, il n’en manque pas. » Sur les réseaux sociaux, les réactions des internautes ne se sont pas faites attendre avec la création de l’hashtag « #WomenDoBD ». Marisol Touraine, Ministre des Affaires Sociales, de la Santé et des Droits des femmes, et Pascale Boistard, Secrétaire d’Etat chargée des Droits des femmes, se sont notamment joint à eux :

Tweet Marisol Touraine

Tweet Pascale Boistard

Le FIBDA sexiste ?

Du côté des sélectionnés, Riad Sattouf, l’auteur notamment de L’Arabe du futur récompensé l’année dernière par le Fauve d’Or, a amorcé ce boycott en annonçant hier sur son compte Facebook sa volonté de se retirer de la liste des nominés pour l’édition 2016 : « Je préfère donc céder ma place à par exemple, Rumiko Takahashi, Julie Doucet, Anouk Ricard, Marjane Satrapi, Catherine Meurisse. […] Je demande ainsi à être retiré de cette liste, en espérant toutefois pouvoir la réintégrer le jour où elle sera plus paritaire ! ». Etienne Davodeau, Daniel Clowes, Joann Sfar, Charles Burns, Pierre Christin et Christophe Blain ont également demandé à ce que leurs noms soient retirés de cette fameuse liste.

Riad Sattouf FB

Etienne Davodeau FB

Suite à ces réactions, Franck Bondoux, délégué général du FIBDA, joint par journal Le Monde, s’est exprimé : « Le concept du Grand Prix est de consacrer un auteur pour l’ensemble de son œuvre. Quand on regarde le palmarès, on constate que les artistes qui le composent témoignent d’une certaine maturité et d’un certain âge. Il y a malheureusement peu de femmes dans l’histoire de la bande dessinée. C’est une réalité. Si vous allez au Louvre, vous trouverez également assez peu d’artistes féminines. ».

Peu de femmes dans le monde de la bande dessinée ? Les auteures féminines européennes de BD francophones représentent en 2015 12.4 % sur 1399 auteurs. Ce chiffre, tiré du rapport Ratier 2015, est en hausse par rapport à 2001 où les femmes ne représentaient que 7%. L’année dernière, seule femme nominée : Marjane Satrapi, l’auteur notamment de « Persepolis ». Cette faible représentation des femmes en Culture a souvent été dénoncé, et touche tous les domaines culturels. Quelques exemples : Deux femmes ont été nominés dans les catégories « Meilleur Réalisateur », « Meilleur Film d’Animation », « Meilleur Film Etranger », « Meilleur Film » aux Césars 2015, tandis que leurs homologues masculins étaient au nombre de vingt-et-un dans ces mêmes catégories. Et seulement quinze femmes étaient présentes dans toutes les catégories confondues en compétition au Festival de Cannes 2014 sur quarante-neuf réalisateurs. Après la Politique, un des volets sur la loi de la Parité promulguée le 4 août 2014, c’est à se demander s’il ne faudrait pas réclamer la parité en Culture !

Visuel : © Dessin de Romain Princemarrant


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

COMMENTAIRES:

  1. Goutelle Muriel

    La femme n’est pas que l’avenir de l’homme. Elle est et a toujours été son présent.

Laissez un commentaire: