Festival d’Angoulême 2016 : découvrez le palmarès

1 février 2016 Par Anaïs Marinier | 0 commentaires

Toute La Culture vous présente le palmarès de la 43ème édition du Festival de la BD d’Angoulême. Nous vous livrons toutes les BD primées ainsi que nos impressions. 

Le Grand Prix a été remis mercredi dernier et a sacré Hermann, l’éternel recalé. Vous savez, ce dessinateur belge Hermann, papa de « Jérémiah » et « Comanche », a enfin reçu le Grand Prix du Festival de BD, distinction qui lui est passée sous la moustache pendant de longues années.

Toute La Culture vous livre à présent le palmarès des BD primées cette année :

- Ici : à quoi ressemblait votre appart il y a 50 000 ans ?

De Richard McGuire, Gallimard, 320 p., 29 euros
Savez-vous qui a occupé votre appartement il y a deux ans ? Il y a cinq ans ? Il y a vingt ans ? Et que se passait-il à l’emplacement de votre logement en 1775 ? Et en 50.000 avant J.- C. ? En 3.000.000.000 avant J.- C. ? Que s’y passerait-il en 2113 ? Tout cela, Richard McGuire le sait. Et quand il ne le sait pas, il l’a imaginé.

Dans son roman graphique « Ici », cet auteur américain donne à voir sur 300 pages des scènes depuis le coin d’un salon. Seuls repères, une fenêtre à gauche, une cheminée sur la droite. Si l’espace est fixe, le temps, lui, fluctue. Au fur et à mesure, en dépit de toute chronologie, le lecteur découvre à quoi ressemblait la pièce en 1957, en 2014, en 1907 lors de sa construction. Et la forêt avant que la maison ne soit bâtie. Et même avant que la vie n’apparaisse sur Terre. Pour cela, des cases apparaissent ça et là, comme des fenêtres pop-up sur un ordinateur, ouvrant un espace vers une autre dimension. Un procédé inédit qui vient redéfinir les codes de la bande dessinée.

 

- Père et fils :

De Erich Ohser, Warum, 300 p., 25 euros
Un père tout en rondeurs et bacchantes et son petit garçon : tels sont les deux personnages de « Vater und Sohn » (« Père et fils »), BD muette allemande créée en 1933 par Erich Ohser. Une merveille de poésie visuelle, encore plus touchante quand on sait qu’elle a été créée contre les canons aryens édictés par les nazis aux affaires. Ohser compte parmi ces artistes qui ont refusé de quitter le pays aux mains d’Hitler et, mine de rien, sa BD pleine de fantaisie défiait l’autorité… au point d’être publiée sous pseudo à l’époque.

 

- Tungstène :

De Marcello Quintanilha, Editions Ça et Là, 186 p., 20 euros
Ce roman graphique brésilien se déroule à Salvador de Bahia et met en scène quatre personnages (un dealer, un militaire retraité, un policier et sa femme) impliqués dans un fait divers anodin, mais qui s’embringuent bientôt dans une situation virant au thriller. Marcello Quintanilha est un dessinateur brésilien né en 1971 et qui habite à Barcelone. Il a déjà publié « Sept Balles pour Oxford » au Lombard et le très remarqué « Mes Chers Samedis » chez Ça et Là.

 

- Ms. Marvel :

De G. Willow Wilson et Adrian Alphona, Panini Comics, 128 p, 14,95 euros
Kamala, 16 ans, est une jeune Américaine musulmane (comme la scénariste de cette série) qui aimerait boulotter du bacon et qui en a un peu marre de l’éducation rigoriste de ses parents pakistanais. Kamala rêve d’être blonde, grande, d’avoir des cuissardes et les super-pouvoirs de Ms Marvel. Un soir, alors qu’elle fugue, ces pouvoirs lui tombent dessus.

La jeune femme s’essaie alors aux exploits, mais évidemment, tout est plus compliqué que ce qu’elle imagine… Cette série très (trop) bavarde souffre d’un scénario pour adolescent assez moyen et d’un dessin plutôt lourd. Elle n’est sauvée que par quelques clins d’œil : quand la jeune Ms Marvel a la culotte qui lui rentre dans les fesses, on repense à Peter Parker de Steve Ditko qui se pique le doigt en recousant son costume d’araignée. La comparaison s’arrête là.

 

- Carnet de santé foireuse :

De Pozla, Delcourt, 368 p., 34,95 euros
La maladie de Crohn, pour faire bref et imagé, c’est «l’impression de chier de l’acide». Le dessinateur Pozla en souffre depuis l’enfance et raconte, au jour le jour, comment il a dû se faire raboter 80 centimètres d’intestins pour y survivre. Résumé comme ça, son « Carnet » donne peu envie.

Pourtant, c’est drôle, touchant et surtout formidablement dessiné. Pozla, qui travaille dans le dessin animé, a un trait caoutchouteux, tout en nerfs et empêtré. On a rarement représenté la douleur avec une telle justesse. Pozla, son auteur a peu publié, mais il est à suivre !

 

- Une étoile tranquille, portrait sentimental de Primo Levi :

De Pietro Scarnera, Rackham, 237 p., 19 euros
Tout le monde connaît Primo Levi. C’est du moins ce que l’on pense. Bien sûr, son poignant témoignage de la vie quotidienne dans le camp d’extermination d’Auschwitz, « Si c’est un homme », a profondément bouleversé quiconque l’a lu. Les plus experts d’entre nous citeront également « La Trêve », le récit de son incroyable retour en Italie accompagné par d’autres déportés, dans une Europe déchirée et meurtrie par la guerre et le nazisme.

Mais qui connaît la vie de Primo Levi après son retour à Turin, le matin du 19 octobre 1945, «enflé, barbu, les vêtements déchirés»? Qui connaît ses nouvelles de science-fiction ? C’est à ce Levi là que Pietro Scarnera (né à Turin comme Primo Levi), s’est intéressé.

Accompagné d’une amie et collègue, Antonella, le jeune auteur revient sur la vie du Primo Levi chimiste (qui prend plaisir à résoudre des problèmes « mi-chimique, mi-policier ») et du Primo Levi père de famille (qui écrit des poèmes à sa femme et se laisse pousser la barbe pour montrer à son fils de 16 ans comment il faut s’y prendre). Mais surtout décrit avec précision (et admiration) l’évolution du Primo Levi écrivain (on apprend par exemple que Primo Levi a écrit « Si c’est un homme » pendant ses pauses au travail !).

Pour construire son œuvre, Pietro Scarnera se nourrit des photos et documents d’époque, toujours trop rares, et partage avec tendresse des anecdotes rapportées par Primo Levi lui-même, dans ses livres ou dans ses interviews, «un peu comme on fait quand on regarde des photos de famille prises avant notre naissance.»

« Nous appelons cela une biographie sentimentale, émotive, car il y a quelque chose dans les mots de Levi qui nous concerne directement. Quelque chose qu’il a légué aux générations futures. A nous qui l’avons connu seulement par ses livres», explique l’auteur, dont le grand-père a également été fait prisonnier en Allemagne.

En reposant cette belle BD d’hommage, on a la douce impression de s’être rapproché de Primo Levi. Impossible, néanmoins, de dire qu’on le connaît vraiment. «C’est, peut-être, le titre d’une de ses nouvelles qui le décrit le mieux, estime Pierre Scarnera. ‘Une étoile tranquille’. De loin il paraissait calme et équilibré. Un point de repère à sa façon. Mais on sait bien qu’à l’intérieur les étoiles bouillonnent… et que quand elles s’éteignent, elles le font avec fracas.»

 

- Cher pays de notre enfance :

D’Etienne Davodeau et Benoît Collombat, Futuropolis, 218 p., 24 euros
On est bien loin de la « douce France », « bercée de tendre insouciance », chère à Charles Trénet. Assassinats de magistrats, intimidations de journalistes, passages à tabac de syndicalistes et meurtre présumé d’un ministre : avec « Cher pays de notre enfance », le journaliste d’investigation Benoît Collombat et le dessinateur Etienne Davodeau (connu pour son goût pour le BD journalisme) reviennent sur une page trop peu connue de l’histoire du XXe siècle, les « années de plomb » de la Cinquième République, dans les années 1970.

Avec professionnalisme (et une bonne dose d’ironie), les deux auteurs entraînent le lecteur à la rencontre des derniers témoins de cette époque (hommes politiques, journalistes, juges…) et plongent avec lui dans les archives de ces années douloureuses. De l’assassinat du juge François Renaud, à la mort de Robert Boulin, ministre du Travail de Valéry Giscard d’Estaing, retrouvé « suicidé » dans quelques centimètres d’eau, en passant par les frasques du SAC, sorte de « police privée » du parti gaulliste aux allures de mafia, on s’offusque, on sursaute et on enrage…

On referme la BD, mais l’histoire continue : le meurtre du juge Renaud reste non résolu. Quant à l’affaire Boulin : 36 ans après la mort de l’ancien ministre, une information judiciaire pour « arrestation, enlèvement et séquestration suivi de mort ou assassinat » a été ouverte par le parquet de Versailles en septembre dernier…

 

- Le Grand méchant renard :

De Benjamin Renner, Delcourt, 192 p., 16,95 euros
Un trait à la Reiser, nerveux et diablement savant derrière son allure «vite fait» : c’est ce que propose ce drolatique « Grand Méchant renard » aux enfants, et c’est déjà pas mal. Le scénario, mettant en scène un renard trop gentil pour être un vrai prédateur, a lui aussi tout pour plaire. C’est pastoral, malin et bien fichu. Par le coréalisateur du beau long-métrage « Ernest et Célestine ». On adore !!!

Visuel : ©dr

 

 


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