Les auteurs flamands Stefan Hertmans et Jeroen Olyslaegers mettent l’histoire au cœur de leurs nouveaux romans

26 juin 2018 Par
Solene Paillot
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À l’occasion de la campagne « Les Phares du Nord » lancée par La Fondation néerlandaise des lettres et Flanders Literature, Toute la Culture a pu rencontrer les auteurs dont les romans paraîtront en traduction française à l’automne, dont Stefan Hertmans auteur du roman Le cœur converti et Jeroen Olyslaegers auteur de Wil.

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Stefan Hertmans, écrivain belge néerlandophone, est né à Gand en 1951. L’auteur de Guerre et Térébenthine, choisi par le New York Times comme l’un des meilleurs livres de 2016, nous parle de son nouveau roman, Le Cœur converti, une histoire qui lui est étroitement liée. Lorsqu’il apprend que Monieux, village complétement isolé du Vaucluse ou se trouve « sa maison bien modeste sans vigne et sans piscine » selon ses mots, a été le théâtre d’un pogrom il y a mille ans, il part à la conquête de la vérité, il veut élucider cette histoire.  « Après avoir terminé mon dernier roman, je suis retombé sur un document qu’un de mes voisins m’avait donné et que j’avais oublié. Une bombe a explosé dans ma tête quand j’ai commencé à le déchiffrer. » Ce  » papier  » oublié dans les antres de ce village provençal s’avère être un document provenant de la guenizah d’une synagogue du Caire. « Un quart de million de documents ont été retrouvés et parmi eux, un parlait d’une femme qui habitait Monieux. Ce puits de l’oubli est finalement un puits de mémoire. » Stefan Hertmans, comme envouté, cherche tous les indices sur cette femme qui il y a un millénaire a emprunté les ruelles du village, touché les pierres de Monieux. Ce roman qui se veut être, selon l’auteur, « un voyage », nous fait découvrir le parcours d’une jeune femme normande de noble lignée, qui à la fin du onzième siècle se convertie au judaïsme par amour pour un fils de rabbin et qui dans son histoire à trouvé refuge dans le village de Monieux. Stefan Hertmans imagine alors son destin. Originaire de Rouen, la jeune Vigdis tombe amoureuse de David qui étudie à la yeshiva. Vigdis devient Hamoutal, au péril de sa vie et par amour elle suit David dans le sud mais, elle est poursuivit par des chevaliers normands envoyé par son père qui veut la ramener. Arrivée à Monieux, elle aura trois enfants et une vie paisible jusqu’à l’arrivée des Croisés, de plus en plus nombreux sur le chemin de Jérusalem, et qui partout sèment la mort. La communauté juive est décimée à la suite du pogrom, David est tué, deux des enfants sont enlevés par les chevaliers qui n’épargneront que cette femme aux yeux bleus qui tient son bébé dans les bras. Pour l’auteur ce livre est «  une fenêtre historique. Il entame le travail de l’empathie pour quelqu’un qui est l’autre et auquel on part à la rencontre ». Ce conte est donc une œuvre de reconstruction du Moyen Âge, écrit à la manière d’une enquête. Le lecteur est conduit au sein de l’horreur des pogroms et est bouleversé par cette histoire d’amour tragique. Dans ce roman inspiré de faits authentiques et historiques, Stefan Hertmans nous donne l’occasion de penser le monde contemporain, celui des exilés actuels qui fuient  vers l’Europe.

Jeroen Olyslaeger nous emmène dans les rues d’Anvers en pleine seconde guerre mondiale

51yxxhiqmzl-_sx316_bo1204203200_Jeroen Olyslaegers, l’auteur de Wil, décide lui, de nous promener dans le décor de son roman, dans la ville belge d’Anvers. Wil est un roman brutal qui cherche la profondeur et fait réfléchir le lecteur sur son monde mais, il n’est pas un pamphlet. Dans les rues de la ville il nous décrit sa prose : « Wilfried Wils est devenu policier au début de la seconde guerre mondiale pour échapper au travail forcé dans l’industrie de guerre allemande. » Wil est ambiguë, il a peu de lien avec ce qui se passe autour de lui mais en même temps pousse à la compréhension de l’horreur. « Il exerce ses fonctions, mène une vie ordinaire, ne pense pas avoir un impact sur le cours des événements » comme une grande partie de la population sous l’occupation. Le personnage est le visage de l’attentisme ambiant, il va naviguer entre deux mondes, deux idées, à la manière d’un double espion. De façon presque impitoyable Jeroen Olyslaegers nous pose l’ultime question : «De quel côté êtes-vous?». Mais, dans ce roman il n’y a pas de héros, il y a juste des personnes ordinaires ayant le potentiel de faire changer l’histoire, de modifier le système sans parfois le savoir et sans parfois en avoir le courage.

Le roman de Stefan Hertmans esttraduit du néerlandais (Belgique) par Isabelle Rosselin, parution en aout 2018 chez Gallimard. Le roman de Jeroen Olyslaegers traduit par Françoise Antoine, sera publié en janvier 2019 chez Stock. 

Crédits : ©couverture de livre