« Les fantômes de Saigon », John Maddox Roberts, this is the end…

4 mars 2013 Par
Le Barbu
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John Maddox Roberts est né 25/06/1947 dans l’Ohio. Il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages de science-fiction, de fantasy et de policiers historiques, dont la série SPQR, plusieurs fois en lice pour les Edgar Awards, et qui compte déjà neuf tomes.

Dans «  les fantômes de Saigon » John Maddox Roberts met en scène Gabe Treloar, détective privé et Mitchell Queen, producteur de cinéma, qui ont servi tous les deux dans les PM à Saïgon pendant la guerre du Viêtnam. Autant dire qu’ils étaient aux premières loges pendant l’offensive du Têt. La vie les a séparés, mais quand, vingt-cinq ans plus tard, Mitchell demande à Gabe d’enquêter sur de mystérieuses menaces qui pèsent sur son film « Rue Tu Do » qu’il veut produire à Saïgon, les deux hommes vont se souvenir que dans cette ville, les fantômes sont prêts à tout pour survivre. À tout et à n’importe quoi…

 

Ici, pas d’ouverture au napalm, ni de corps déchiquetés par des grenades, ni de survol de rizières en hélicoptère Bell UH-1 Iroquois sur fond de Doors. John Maddox Roberts ne fabrique pas une guerre du Vietnam à la Platoon ou Apolcalypse now pour les besoins de son roman. Engagé dans les forces armées américaines entre 1967 et 1970, il nous livre ici une œuvre simple, très personnelle, qui émane de la mémoire d’un vécu.

Ce roman met en lumière les oubliés de l’histoire, les fantômes de cette guerre que sont les déserteurs de l’armée américaine. Leur nombre réel est difficile à évaluer, entre 500 et 2000 soldats, inexistants pour les autorités, traqués par les PM, organisés en gangs, et qui vivent de trafic dans le quartier chinois de Cholon. Ces fantômes de Saigon sont les rats indésirables du gouvernement américain, abandonnés par leur patrie quand celle-ci s’est retirée du Vietnam en 1975.

Le passé n’en n’a jamais fini de vous et resurgi sous la forme d’un scénario de film pour réveiller d’autres fantômes qui vous hantent, qui hantent l’esprit des anciens combattants comme Gabe Treloar, qui, malgré ses hésitations, décide de prendre l’enquête en main, comme une affaire personnelle. Il le fait certes pour son ami de toujours sur le front, Mitchel Queen, mais aussi, et surtout pour écrire la dernière page de son histoire personnelle avec le conflit.

Bien que ce ne soit pas le polar de l’année 2013, paru en janvier en format poche chez Folio policier, alors qu’il était passé dans l’oubli lors de sa sortie en 1996, ce roman se laisse agréablement lire. Il a aussi le don de corriger dans notre cerveau les images véhiculées par le cinéma américain sur la guerre du Vietnam, et plus largement par le cinéma d’action. On aime se sentir plus proche d’une certaine réalité bien éloignée du spectacle guerrier des productions Hollywoodiennes où l’hémoglobine, la chair déchiquetée volant dans les airs, et les actions de courage d’un soldat se couchant sur une grenade pour sauver son pote sont préférées à toute vérité du terrain.

On pourrait reprocher quand même à ce roman ses personnages parfois un peu clichés, et cette description d’une scène d’amour écrite maladroitement comme un adolescent découvrant le sexe. Bref, c’est écrit par un homme. L’auteur aurait pu s’en passer, ça ne dure que 2 pages, mais ô combien inutile.

Cela reste tout de même un bon polar, facile d’accès, au suspense bien ficelé, que nous recommandons à nos lecteurs parisiens en vacances qu’ils soient au ski, ou qu’ils aient pris un vol pour le Vietnam.

 

 

Folio policier N°674
Traduit de l’anglais par Francis Lefebvre
464 pages – 7,50 €