Vengeance : quand Johnny (Hallyday) rencontre Johnnie (To)

21 mai 2009 Par
Gilles Herail
| 2 commentaires

Les critiques cannoises se sont divisées sur ce film sorti hier en salles. Vengeance est pourtant un nouveau classique évident du maître du polar asiatique. Un français, propriétaire d’un restaurant parisien débarque à Hong Kong après le massacre de ses petits enfants et de son gendre. Il promet à sa fille d’éliminer les assassins: il n’aura plus qu’une seule obsession : la vengeance !

Alain Delon devait à l’origine incarner ce rôle principal, finalement confié à Johnny. Dès les premières minutes, on comprend que l’acteur n’a rien d’un second choix. Peu à l’aise dans les scènes dialoguées, Johnny se distingue par une silhouette, enveloppé dans un grand manteau sombre, et un regard, souvent caché derrière des lunettes noires. Il apporte une démarche, distante et élégante et surtout un charisme digne des plus grands.

19072007_w434_h_q801Vengeance est un vrai film de cinéma où tous les ingrédients sont maitrisés. Le réalisateur distille une ambiance urbaine sombre et pluvieuse dont il a le secret. La tension monte crescendo, lors de scènes de combat magnifiées par des chorégraphies, un éclairage, et des cadrages stylisés à l’extrême. La caméra du réalisateur ne se repose jamais et offre deux scènes surréalistes, dans le bois et dans la décharge, qui sont un must du genre.

Johnnie To nous propose en fait un western moderne. Autour d’une musique omniprésente et de ralentis, il remet en scène les duels à mort, et les résistances héroïques que l’on peut retrouver dans un Fort Alamo. Le personnage principal, père brisé, est aussi un ancien flic vieillissant qui perd la mémoire. Un homme solitaire et désabusé, fondu dans une jungle hostile et inconnue. S’ajoute ainsi une mélancolie inattendue chez ce Lonesome cow-boy incarnée à la perfection par Johnny Hallyday.

Vengeance décevra peut être les fans de polar noir asiatique, rodés à ce type de scénario assez classique. Les autres apprécieront un spectacle de très haute qualité, ponctué de scènes visuellement irréprochables, et une réalisation hors pair. Un film d’auteur/pop corn à voir pour la performance de Johnny aussi classieux et mystérieux que dans le très beau l’homme du train.

Gilles Hérail