Tsilla Chelton: décès d’une grande actrice, attachante et diabolique Tatie Danielle

16 juillet 2012 Par Gilles | 0 commentaires

Tsila Chelton est morte. La nouvelle est tombée cet après-midi. Ce nom ne vous dit peut-être rien mais le visage de cette actrice de théâtre révélée par son rôle inimitable de Tatie Danielle vous est surement familier. Retour sur cette personnalité tout sauf aseptisée qui a su amener une véritable drôlerie au cinéma, à la télévision, et avant tout sur les planches.

Tsilla Chelton, c’est donc avant tout pour le grand public la fameuse Tatie Danielle. Un de ces personnages non politiquement corrects comme seul Chatiliez a pu en proposer dans la comédie française. Une « vieille salope » comme l’intitule la chanson du générique incarnée par une Catherine Ringer inspirée. Mais pas que. Tatie Danielle c’est ce mélange subtil de méchanceté gratuite, de mesquineries élaborées et de petits détails machiavéliques. Une mamie vengeresse qui soulage la perte de son mari Édouard par une misanthropie poussée à l’extrême. Pour le plus grand plaisir des spectateurs qui retrouvent ainsi l’atmosphère du sketch de Didier Bénureau sur ces personnes âgées à qui l’on permet tout (et qui en profitent). En moins vulgaire. Car Tatie Danielle c’est aussi une âme d’enfant, une malice satisfaite après la réalisation d’une grosse bêtise, et un enthousiasme naif quant elle laisse tomber la garde dans une amitié improbable avec la garde-malade incarnée par Isabelle Nanty. Tsilla Chelton avait compris la richesse du personnage, source de comédie noire gourmande et mal élevée mais aussi d’une certaine tendresse quand la vieille carnassière dévoile ses faiblesses. Qui éclate dans la dernière scène du film, celle de la liberté retrouvée.

Tsilla Chelton est aussi le personnage incroyable mémé Zézette dans le nanar (sympathique) de Gérard Oury, La Soif de l’Or. Un autre rôle cabotin, moins élaboré que Tatie Danielle mais tout aussi hilarant. Celle d’une petite vieille radin jusqu’à la moelle, fraudant le fisc en faisant passer en Suisse une maison construite avec des briques/lingots d’or, en compagnie du tout aussi hystérique Christian Clavier. Tsilla Chelton n’a pas connu beaucoup de ces premiers rôles au cinéma mais a parsemé sa carrière d’apparitions, souvent avec des rôles comiques. Et s’est consacrée à la télévision dans des rôles plus importants, récemment des épisodes de la série des Maupassant. Et dans Haute coiffure, un sympathique téléfilm avec Michelle Bernier où elle incarnait un autre personnage « bigger than life », une mémé loubarde avec un certain franc-parler et des tenues improbables. C’est au théâtre, que l’actrice s’est le plus illustrée. En étant l’une des professeurs respectées des élèves du futur Splendid. Et dans de nombreux rôles, classiques, dramatiques ou comiques, depuis les années 1950 avec trois nominations et une récompense aux Molière pour Le Mal de mère.

On retiendra avec le sourire cette grande actrice de comédie, ses personnages de vieille dame indigne, jouissifs, qui respirent le plaisir du jeu. Et l’on se quitte avec cette image de Tatie Danielle, en grande forme, l’air plus renfrogné que jamais, dégustant son gâteau sans quitter sa moue boudeuse. Elle ne vous connait pas mais elle vous déteste déjà…

Gilles Hérail


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