Trois films au Panorama des Cinemas du Maghreb et du Moyen-Orient

29 mars 2018 Par
Lili Nyssen
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Jusqu’au 14 avril se tient en Seine Saint-Denis et à Paris la 13e édition du festival Panorama des Cinémas du Maghreb et du Moyen Orient, avec cette année un focus sur le Liban. Toute La Culture était hier au cinéma l’Écran à Saint Denis, pour la projection de trois films : Le coureur (Iran), Et Maintenant on va où ? (Liban) et Dunia (Egypte). 

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Le coureur, de Amir Naderi (1985)

Amir Naderi était l’un des compagnons de route d’Abbas Kiarostami, réalisateur, scénariste et producteur iranien mort en 2016. Et dans ce film, on retrouve une empreinte de ce cinéma, social et esthétique, panoramique et sensible. Amiro, jeune garçon qui vit seul dans le Golfe Persique, qui survit par des petits boulots (ramassage de bouteilles, cirage de chaussures), par le rire et par les jeux, est le coureur. Il court, il court, pour s’amuser ou rêver, pour apprendre ou voyager, pour rattraper un voleur ou toucher le bout d’un train. Amir Naderi raconte une réalité sociale à travers des jeux d’enfants. Des courses à vélo, à pied, où le minuteur est soit la matière – un bloc de glace rongé par le feu – soit l’élan vital, la nécessité. Dans un univers brumeux et poussiéreux, entouré d’une mer qui s’étend à perte de vue, cadencé par l’arrivée des ferrys, les rêves s’étendent aussi loin que l’horizon, plus loin que ne peuvent porter les cris de joie ou de désespoir que pousse le jeune garçon du bout du rivage. Nous, spectateurs, sommes bloqués face au spectacle ahurissant qui met en confrontation les éléments, l’extrême châleur qui brouille l’image et la glace agressive qui attaque les mains. La sublimation du détail, l’exaltation d’anecdotes, forment la réalité de cette fiction dure et tendre.

©2017 – Splendor Films Distribution

Et maintenant on va où ? Nadine Labaki (2011)

Dans un petit village libanais, la cohabitation des chrétiens et des musulmans se fait dans la paix et la fraternité… jusqu’à ce qu’on répare la radio et qu’on installe la télévision. Des affrontements dans le pays entre les deux communautés religieuses se font entendre dans le village et atteignent les consciences, malgré les efforts des femmes du village pour empêcher les informations de filtrer. Le village se laisse vite dépasser par la paranoïa et les affrontements confessionnels. Dans cette production franco-libano-égypto-italienne, sélectionnée à Cannes en 2011 dans la catégorie « Un certain regard », place aux femmes, dont l’intelligence et l’entente doivent, par delà les religions, sauver la paix et l’harmonie que seules des informations extérieures viennent perturber. Alors, tous les coups sont permis, et des coups de génie. La force de ce film, en plus d’être hilarant, est cette capacité de passer par dessus les différences avec une telle légèreté sans jamais les ignorer, et de mettre en avant l’entraide et la complicité entre les cultures (libanaise chrétienne et musulmane, mais aussi occidentale). Dans une réelle finesse d’écriture, le film est une réflexion sur les rapports sociaux et le vivre ensemble, et, entre les lignes, sur les manières d’être femme.

©2011 – Pathé distribution

Dunia, Jocelyne Saab (2006)

Avant la projection de Dunia, l’historien du cinéma Olivier Hadouchi était présent pour nous parler de Jocelyne Saab, réalisatrice libanaise, également plasticienne et photographe. Le film Dunia était son projet le plus dur à mener. Dunia, c’est un film sur le désir féminin, l’éveil des sens et de la sexualité, endormi dans les traditions. Par le biais de la poésie soufie qui exalte l’amour et le désir, Dunia, jeune étudiante, apprend aux côtés de son professeur, un homme de lettre militant, le feu du désir, ou du moins sa signification théorique, car la tradition l’a enfoui et assomé chez Dunia. À l’heure où Les Mille et une nuits sont sur la sellette de la censure, Dunia tente d’éveiller en elle le feu dont on lui parle. Débordant de sensualité, elle cherche le plaisir, l’extase exaltée dans la poésie qu’elle étudie. Dans une démarche profondément militante, Jocelyne Saab aborde la question de la répression du corps, et même de sa dégradation en vue de le préserver du vice : l’excision, thème profondément sensible, est abordé audacieusement, dans une lutte engagée pour l’exaltation du désir féminin et la disparition de son écrasement. Pour ce film militant, la fondatrice de la maison des femmes de Saint Denis Ghada Hatem, également gynécologue, était présente et partenaire de la séance.

©2004 – UniFrance films

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