« The OA » sur Netflix, le retour de Nina dans sa patrie

20 janvier 2017 Par
Jérôme Avenas
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La nouvelle série de Netflix, écrite et réalisée par Brit Marling et Zal Batmanglij place l’art de la narration au centre de son propos. Dès le premier épisode, il est difficile de ne pas vouloir en savoir davantage, de connaître la suite de l’histoire, de faire durer le plaisir même et écarter la tentation du binge watching. 

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« Prairie », disparue depuis sept ans, réapparaît subitement. Où était-elle ? Qui la retenait prisonnière et surtout, comment a-t-elle retrouvé la vue ? En huit épisodes au rythme parfaitement maîtrisé, on assiste au dévoilement progressif de l’épopée hors du commun d’une petite fille russe qui a fait l’expérience d’une mort imminente.

« Bizarre », « envoûtante », « impénétrable », « révolutionnaire », « déroutante », depuis sa diffusion sur Netflix les mots des médias sont aussi forts que contrastés pour parler de la série écrite et réalisée par Brit Marling et Zal Batmanglij. Il faut dire qu’elle bouscule, bouleverse et fascine. Elle captive d’abord parce qu’elle revient aux origines : écouter une histoire et succomber aux charmes de la fiction. « Prairie » réunit chaque soir un groupe de personnes fascinées par l’histoire qu’elle raconte. On se trouve, comme eux, à suivre un récit qui distille au compte-gouttes revirements, péripéties et révélations. C’est irrépressible : le don de Brit Marling pour la rhétorique – qualité transférée sur son personnage – captive. Prisonnier volontaire, le spectateur, même s’il n’accroche pas d’emblée à l’univers de la série, veut aller jusqu’au bout. Le doute sur la santé mentale de la jeune femme ne change rien à l’affaire : borderline mythomane ou véritable messagère de l’au-delà, on veut l’écouter, encore et encore. Il faut se garder, cependant, de vouloir résumer l’intérêt de « The OA » à cette seule virtuosité narrative. La série est jouée avec une grande sincérité par des acteurs de talent. La cruauté et le raffinement sadique de la captivité de « Prairie » font froid dans le dos. Encore une fois : efficacité redoutable.

Certains ont voulu voir dans sa très belle fin de saison 1 – et qui n’est qu’une péripétie de plus, à n’en pas douter – l’image d’une « Prairie » messianique. Pourtant, « The OA », sous des airs désordonnés est plus ésotérique que mystique, plus paganiste que chrétienne, à vrai dire : antique. On devine sous les tours narratifs des emprunts à Homère (le nom d’un personnage, qui plus est). Sur le fil du compte Twitter, peu mais solidement alimenté de Brit Marling, on peut trouver en date du 6 août 2014, cette citation d’Aristote : « Le poète devrait toujours préférer de vraisemblables impossibilités à d’invraisemblables possibilités ».


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