Polisse de Maïwenn, un grand film douloureux et lumineux

13 octobre 2011 Par
Olivia Leboyer
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Prix du Jury du Festival de Cannes (présidé par Robert de Niro), Grand Prix des Lectrices de Elle, Polisse frappe directement au cœur. Un grand et beau film, très maîtrisé. Sortie le 19 octobre.

Cela fait maintenant plusieurs mois que l’on parle de Polisse, exclusivement en bien. Le film est à la hauteur de l’attente qu’il suscite, et encore au-delà : extraordinairement émouvant, dur, sobre, très construit, Polisse (dont le titre, qui s’entend Police ou Peau-lisse, évoque Pialat) réussit aussi à nous faire rire par instants, et ménage même quelques jolies plages romanesques.
Maïwenn montre des choses terribles, mais sans aucun misérabilisme. Très astucieuse, l’idée de jouer elle-même une photographe associée à la Brigade de Protection des Mineurs le temps de prendre une série de clichés pour un livre lui permet de mettre en scène cette quête de la « bonne distance ». Le quotidien des membres de la brigade, à l’écoute, tendus jusqu’à l’épuisement, a quelque chose d’héroïque et d’épouvantablement routinier. Entendre, jour après jour, les mêmes horreurs, « ça reste et ça tord », comme le dit Joey Starr. Ils ont beau être habitués à tout entendre, les policiers se trouvent encore surpris, désarçonnés par l’étendue de ce mal multiforme, qui semble rôder partout. Pas d’explication, pas de raccourcis simplistes : quel que soit le milieu social, le physique ou le métier de l’agresseur, les faits peuvent avoir eu lieu. Il s’agit, pour la Brigade, de traquer la vérité, de déceler, dans les yeux de l’enfant comme de l’adulte, les signes qui ne devraient pas tromper. Maïwenn pose son regard clair sur les enfants, les victimes, mais également sur les bourreaux, n’occultant aucune confrontation. Dans des rôles de parents agresseurs, Audrey Lamy, dont le regard dit la totale incompréhension de ce qu’elle commet, et Louis-Do de Lencquesaing (Le Père de mes enfants, de Mia-Hansen Love), qui sait très ce qu’il fait et s’en délecte, sont très bons. Quant aux acteurs qui jouent les membres de la BPM (et qui ont, eux aussi, une histoire, un passé, des blessures), ils sont tous extraordinaires : Karin Viard et Marina Foïs sont époustouflantes, tout comme Joey Starr et Frédéric Pierrot, Nicolas Duvauchelle et Karole Rocher, Jérémie Elkaïm, Naidra Ayadi, Emmanuelle Bercot, Arnaud Henriet.
On sort évidemment bouleversés, d’un grand film douloureux, infiniment triste, mais qui sait aussi se montrer drôle, romantique, et qui reste d’un bout à l’autre lumineux.

Polisse, de Maïwenn, France, 2h07, avec Joey Starr, Karin Viard, Marina Foïs, Frédéric Pierrot, Karole Rocher, Nicolas Duvauchelle, Jérémie Elkaïm, Maïwenn, Naidra Ayadi, Emmanuelle Bercot, Arnaud Henriet, Wladimir Yordanoff, etc. Sortie le 19 octobre 2011.

Polisse de Maïwenn, un grand film douloureux et lumineux

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