Human flow : Le parcours d’Ai Weiwei

8 février 2018 Par
Lili Nyssen
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Le documentaire Human Flow de l’artiste chinois Ai Weiwei fait un tour du monde des problématiques migratoires, à l’heure incertaine où les appels à l’aide ont besoin de se faire entendre. 

ai-weiwei

Alors que le monde traverse une crise migratoire non égalée depuis la Seconde Guerre Mondiale, la planète se resserre. Réseaux sociaux, réseaux de transports, mondialisation, connexion. Le bout du monde est à côté.
La moitié du monde a besoin d’aide. L’autre moitié ne manque pas de moyens pour le savoir. Elle nie l’appel des autres, voilà tout.
L’artiste chinois Ai Weiwei a décidé de saisir cette chance, ces moyens de communication que nous possédons par milliers, pour partir à la conquête de la compréhension, et synthétiser des millions de voix dans son film Human Flow. Dans cette démarche artistico-documentaire, il lance le cri d’appel de nombreux portraits silencieux. Il filme des flux et des flots de familles exilées à travers le monde. Le documentaire, tourné dans vingt trois pays, est un éloge de la retenue. Pas de misérabilisme, ni de commentaire spectaculaire. Les images parlent toutes seules. Et l’artiste a réussi avec finesse et courage à braver tous les préjugés, à s’émanciper du règne de la peur. Le projet est ambitieux et magistral. Il tourne en Syrie, Palestine, Afrique Subsaharienne, Irak, Afghanistan, Kurdistan. Il fait face à la guerre et aux oppressions, quitte à se prendre en pleine face des traumatismes et des violences inoubliables. Il marche dans le froid et la boue avec ses protagonistes, il touche du doigt l’errance et l’inquiétude.
Le seul regret, peut-être, est que dans l’immensité du phénomène et la volonté de montrer au monde la problématique du nombre, la durée d’un film ne permet pas de s’attacher à l’unicité des vécus. Tous font partie du flux, les visages défilent face aux caméras.
Comme l’on peut l’imaginer, les politiques européennes de fermeture des frontières sont pointées du doigt. Des images montrent dans un silence admirable le démantèlement de la jungle de Calais, ou les camps de réfugiés à La Chapelle. Pointées du doigt, oui. Parce que oui, l’Europe peut avoir honte. Les murs et barbelés sortent de terre comme des digues face à la détresse qui s’écoule et risque d’innonder la stabilité du système.
Pourtant, malgré la lourdeur du sujet, Ai Weiwei filme des rires, des blagues, des jeux, de l’amour. La force du film est cette foi en l’humanité qui résiste à la violence physique, sociale, à l’épuisement.
La parole est donnée au silence et à la délicatesse. À nous de déceler entre les images le bafouement des Droits de l’Homme et la nécessité de retravailler les grands principes, philosophie des Lumières, chartes et autres conventions, afin que le résultat soit digne du respect que les hommes se doivent.

C’est une oeuvre d’art et un chant politique.

Visuel : Affiche du film, ©Alfred Weidinger