« Out » de György Kristóf, voyage en Europe Centrale [Interview, Cannes]

2 juin 2017 Par
Sarah Lapied
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Projeté le 22 mai à Cannes, « Out » de György Kristof est le premier film slovaque de la compétition. Sur fond de populisme anti-réfugiés pratiqué par Viktor Orban, un Slovaque issu d’une minorité hongroise décide de quitter femme et enfant pour tenter sa chance en Lettonie. György Kristóf s’est forgé aux côtés de la cinéaste Ildikó Enyedi (On Body and Soul, ours d’or à la Berlinale 2017), et son film est un état des lieux de l’Europe Centrale. Yaël Hirsch l’a rencontré à Cannes.

gyorgy

Vous êtes né en Slovaquie mais vous parlez aussi hongrois. Vous pouvez m’expliquer le contexte d’Europe Centrale de votre vie et de votre film ? Mes parents sont Hongrois, il y a une importante minorité Hongroise en Slovaquie, environ 30% de la population. Depuis mes 14 ans, je vis en Hongrie, où j’ai étudié au lycée puis la philosophie. J’ai ensuite fait une école de cinéma en République Tchèque à Prague, donc je parle Slovaque, Tchèque et Hongrois, et j’ai aussi habité à Riga.

Comme votre personnage ! Quand on pense à l’Europe Centrale, on pense à la mer Baltique. Quelle attraction a la Mer du Nord sur votre personnage et sur vous-même ? Je vivais à Riga quand j’ai écrit le script, alors c’était très naturel pour moi d’écrire une histoire dont le héros vient de Slovaquie et j’ai voulu trouver l’endroit idéal. J’étais entouré par la mer et je voulais faire quelque chose d’innovant. Le personnage vient d’un endroit très différent mais en même temps très similaire, car tous les pays d’Europe Centrale ont cette architecture socialiste héritée du passé.

Mais parfois, ces différences sont vraiment bizarres pour votre personnage ? Oui, c’est exagéré bien sûr.

Donc c’est une comédie ? J’espère ! Lors de la première, j’avais peur que les gens ne rient pas, mais ils l’ont fait, alors tout va bien.

C’était difficile de vous mettre dans la peu d’un cinquantenaire ? Quand le personnage danse par exemple : en France, aucun cinquantenaire n’irait danser en boîte sur de l’électro… C’est vrai pour tout le monde ! Mais là c’est une situation très extrême : il veut s’écarter de son chemin habituel. Il est de la génération de mes parents, ce que j’ai choisi pour des raisons dramatiques mais aussi personnelles. Je voulais montrer les émotions de quelqu’un qui est loin de sa patrie, qui n’a pas de chez-lui.

Est-ce que c’est un film sur Schengen ? Qu’est-ce que cela dit de l’Europe d’aujourd’hui ? Cela parle du système de ces pays : on voulait vraiment brosser un tableau réaliste de la société d’aujourd’hui.

Est-ce que d’un point de vue Hongrois, Riga semble plus tolérante ? La politique et les gens sont deux choses différentes. La politique hongroise est très extrême, mais c’est aussi ce qui ressort le plus dans les journaux étrangers. Les gens, c’est autre chose.

Quelle est l’idée du film ? « Réinventez-vous » ? Oui, le personnage vivait une vie ennuyeuse et sans risques, et c’est seulement maintenant qu’il a 50 ans que sa vie commence. Il essaie de se trouver et doit sacrifier beaucoup de choses au passage.

Comment diriger ses acteurs pour créer le comique ? L’acteur choisi était très naturel, avec un parcours dramatique très particulier. Il est doué pour l’improvisation, très créatif.

Le film montre beaucoup de paysages… Oui, on a tourné en Slovaquie, en Hongrie, en Estonie… Le projet en entier nous a pris 5 ans.

Est-ce que ça a été compliqué à produire ? En Slovaquie, il y a une aide de l’Etat pour le script, mais il me manquait un gros producteur, et en effet, j’ai mis du temps à le trouver.

Vous avez eu des échos des populations de ces différents pays ? Ce sont les mêmes partout ? Je ne sais pas encore, je sais seulement que des critiques ont déjà été écrites.

Vous avez déjà d’autres projets en tête ? Cannes va vous aider pour les réaliser ? Oui, j’en ai déjà 2 ou 3 ! De la danse, de la science-fiction et un thriller. Il y en a un qui se passe à New York en 1977, pendant le blackout. J’écris la base du scénario seul et ensuite je me fais aider de quelqu’un d’autre.

Dans quelle langue voudriez-vous tourner votre prochain film ? Le langage du corps pour le film sur la danse ! Ce sera de la danse contemporaine. J’en ai eu l’idée parce qu’il y avait un atelier à mon école de cinéma, et je crois que la danse est un moyen de raconter des histoires avec des images, tout comme le cinéma. Ce sera une métaphore de la situation hongroise et slovaque après la révolution de 1989, d’Orban, de ces dirigeants-là… Je suis soucieux de capter l’essence de ce que c’est que de vivre dans ces pays.

Interview : Yaël Hirsch

Visuel : Czech Film Center


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