Minuit à Paris: Quand Woody Allen se retrouve, avec mélancolie

12 mai 2011 Par
Gilles Herail
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Bien meilleur qu’espéré, l’attelage parisien de Woodie Allen surprend par son postulat fantastique qui, la nuit tombée, emmène Owen Wilson dans le bouillon culturel parisien des années 1920. Cette incursion dans un univers fantasmé à la rencontre d’artistes mythiques et d’une atmosphère insouciante séduit par sa charmante nostalgie. A voir.

On n’attendait pas grand chose de ce Minuit à Paris, promu de manière racoleuse autour de son casting et d’une bande-annonce affligeante laissant augurer d’une romance à l’eau de rose dans un Paris de carte postale. La tournée des villes européennes du chouchou souvent surestimé de la critique française n’avait pas laissé de souvenirs impérissables. Woody ne réconciliera surement pas ses détracteurs pendant toute une partie de son film qui colle à l’esprit des images présentées. La critique un peu facile d’une insupportable famille bourgeoise américaine, des plans de monuments à n’en pas finir et une tendance à la philosophie verbeuse d’un écrivain en proie à des questionnements existentiels. La présence inutile de certains acteurs français, Gad Elmaleh et Carla Bruni en tête, sent aussi le mauvais coup marketing.

Comme le protagoniste incarné par Owen Wilson, double à l’écran du réalisateur, on s’ennuie ferme devant cette réalité insipide. Et puis Woody nous surprend là où on ne l’attendait pas. D’un coup de baguette magique, le fantastique s’immisce dans cette histoire sans intérêt. Par un joli tour de passe-passe scénaristique, le film permet à son personnage de remonter le temps. Un vieux taxi Peugeot devient ainsi la De Lorean de cet écrivain contrarié, l’amenant tout droit dans le Paris des années 20. Quand minuit sonne, Owen Wilson tente alors ce voyage dans l’effervescence culturelle de l’entre deux guerres où les artistes venus du monde entier se retrouvent dans ce qui fut la capitale de l’avant-gardisme européen.

Woody assume totalement l’aspect album photo, l’accumulation à l’excès de rencontres fortuites avec les plus grands artistes du 20ème siècle, le jeu ludique qui confronte Owen Wilson aux légendes du passé défilant  devant ses yeux éberlués. Le jazz fait swinguer cette relecture d’une époque enthousiasmante magnifiée par la rencontre magnifique entre Owen Wilson et Marion Cotillard, maitresse charmeuse et désabusée de Picasso et d’Hemingway.  Allen ne s’encombre d’aucune forme de réalisme dans cette évasion nostalgique qui charme par sa douce mélancolie et sa relecture malicieuse des fantômes du passé. Nous voilà ainsi emportés dès que le personnage d ‘Owen Wilson s’échappe de sa belle famille snob  dans ce vieux taxi pour se retrouver parmi ses modèles, 90 ans plus tôt. Avec une grande légèreté, Midnight in Paris nous rejoue à sa façon les visiteurs tout en laissant s’installer une belle émotion. De délicieux moments à peine gâchés par les tristes retours à la réalité.

Gilles Hérail

Midnight in Paris, une comédie romantique de Woody Allen avec Owen Wilson et Marion Cotillard, 1h38, sortie le 11 mai 2011