Matar a Jesus, pulsions vengeresses et sagesse – Cinélatino

21 mars 2018 Par
Lili Nyssen
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Matar a Jesús est présenté en compétition fiction dans le cadre du festival Cinélatino, qui se déroule à Toulouse jusqu’au 25 mars. Inspiré de l’histoire personnelle de la réalisatrice Laura Mora, cette production argentino-colombienne est une bombe de passion et de sagesse. 

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« Tuer Jesus ». Le titre attire par sa violence et sa radicalité. En compétition dans la catégorie fiction, ce film place en Argentine Paula, jeune étudiante à la joie de vivre contagieuse, dont le père universitaire et révolutionnaire se fait assassiner sous ses yeux, devant chez elle. Furtif, le visage de l’assassin apparaît et disparaît, et ses traits deviennent flous, pour le personnage qui le cherche, comme pour nous. Jesús, jeune gangster embarqué dans plusieurs règlements de comptes, réapparaît en boîte de nuit devant Paula. Que dire de la justesse et de la complexité du lien qui se tisse entre les deux personnages ? Animée par un désir de vengeance, Paula se rapproche de Jesús. Objectif: qu’il meure. Mais leurs détresses s’emmêlent. Ils se détruisent, mais ils se sauvent. La haine et la soi de justice se perdent dans la confrontation avec l’humanité. Bourreau et victime se mélangent et oublient leur manichéisme.

Laura Mora, présente lors de la projection de son film à Cinélatino, a elle-même perdu son père, assassiné alors qu’elle avait 22 ans. Le film, écrit sur une dizaine d’années, s’inspire donc d’un événement puissant et autobiographique, et contre toute attente, s’enroule dans une maturité surprenante. Le point de vue donné semble dépouillé de toute rancoeur, de tout désir de vengeance, de toute violence. Lors de la rencontre, Laura Mora nous conte un de ses rêves, dans lequel un homme venait à sa rencontre et lui affirmait être Jesús, l’assassin de son père. De là, elle écrit une « conversation avec Jesús », à la rencontre de cet assassin fictif, qui prend corps et visage, passé et circonstances, au fil des mots. Cet homme imaginaire est le corps du scénario, il se réalise dans la fiction, entre rage et humanité.

La réalisatrice a fait le choix d’acteurs amateurs. Ainsi, la magnifique et charismatique Natasha Jaramillo et le magnétisant Giovanny Rodríguez forment un duo qui s’attire et se repousse comme des aimants, un duo incisif et touchant. Au millieu des pulsions humaines les plus immédiates – vengeance, désir, justice, loi du tallion – le film est une bulle de sagesse dans ces vies tourmentées.

Le film est encore projeté au Cinélatino jusqu’au 25 mars à Toulouse en compétition fiction. il sera également projeté à Paris au Majestic Passy dans le cadre de Latignolas En Paris le 26 mars à 20h30 en présence de Laura Mora. 

Visuel officiel Cinélatino ©Laura Mora, Matar a Jesus, bande annonce officielle