Maria by Callas, le film de cinéma qui redonne voix à la Diva

6 décembre 2017 Par
Yaël Hirsch
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Après l’exposition et les deux livres célébrant les 40 de la mort de « La Divina » le nouveau converti et grave spécialiste de Maria Callas, Tom Volf, dévoile le film pour grand écran qui a été au cœur de son travail de minutie et d’amour pour la soprano. Grandiose, émouvant et réellement cinématographique Maria by Callas séduira aussi bien les fans de l’époque que ses tout nouveaux adorateurs. Sortie le 13 décembre 2017.

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Que peut-on dire de nouveau sur la Callas, cette icône absolue du 20e siècle ? Sur cette chanteuse qui a révolutionné l’art lyrique par sa voix et son jeu ? Sur cette femme que sa fin solitaire et jeune (à 54 ans) a transformé en véritable héroïne d’opéra ?

C’est un jeune-homme de 31 ans, Tom Volf, qui renouvelle la flamme entre le grand public et Maria Callas. Alors qu’il n’y connaissait rien à l’opéra, il y va pour la première fois au Metropolitan, à New-York, un soir de 2013. De retour à la maison, il décide de creuser un peu cette Maria Stuarda de Donizetti qu’il a entendue et tombe sur la voix de Maria Callas. Hypnotisé et en état de choc, Il passe la nuit avec elle et son répertoire sur Youtube. Et décide de lui dédier ses prochaines années. Il lit tout ce qui existe sur le sujet, il rencontre ceux et celles qui l’ont connue et accompagnée, du chef d’orchestre Georges Prêtre à sa gouvernante et son majordome qui l’ont suivie pendant 25 ans.

Alors que Maria Callas n’a pas eu d’enfant et que ses collections et affaires personnelles ont été dispersés, Volf tente de les rassembler et part sur un projet de film. Or, ce film, il l’a pensé avec un angle strict soufflé par la diva elle même dans une interview: « Il y a deux personnes en moi, Maria et La Callas… ». L’on pense d’abord qu’il n’y a Rien de nouveau dans cette dichotomie. La star hollywodienne Rita Hayworth ne disait elle pas « Les hommes s’endorment avec Gilda et se réveillent avec moi. Pour Callas, le mythe de la femme sacrifiée par la star est désormais classique. En 1980, la journaliste américaine Arianna Huffington avait publié « Maria Callas: The Woman behind the Legend ».

Mais Tom Volf va plus loin que plaindre une Maria écrasée par La Callas : il met tout en oeuvre pour que dans son film « Maria raconte Callas et Callas raconte Maria, en direct ». L’originalité du film est donc se reposer sur des interviews de la divine et sur ses lettres (notamment la correspondance avec sa professeure de chant Elvira de Hidalgo lue par Fanny Ardant), pour nous immerger dans la vie entière de l’artiste. Il résume ainsi la structure du film : « Je me suis fixé comme règle absolue de ne pas avoir de narrateur ou de narration extérieure ».

Tous les mots du film sont ceux de Callas, même lorsque c’est Fanny Ardant qui lit quelques unes de ses lettres ou extraits de ses mémoires inachevés. Je tenais aussi à ce qu’on l’accompagne dans le temps, que l’on ait le sentiment de vieillir avec elle, que l’on éprouve le plus intimement possible ces trois grandes périodes qui scandent sa vie et le film : ses débuts dans les années 50, sa gloire dans les années 60, son apogée et son vieillissement prématuré dans les années 70″.

Et cela marche. On écoute vraiment la voix de Maria et Callas, à travers ses propos dans des séquences longues d’interviews et aussi des airs entiers, jamais coupés et très bien choisis. La nostalgie poignante de l’air final de Traviata Addido del passato déborde le canonique Vissi d’Arte de Tosca. Et l’on vit vraiment étape par étape l’ascension, la fièvre des fans, la pression, les scandales et vexations, la passion avec Onassis avec des superbes images de Maria heureuse sur le bateau de l’armateur et la fin grise et solitaire à Paris, dans l’appartement de l’avenue Georges Mandel. On découvre aussi de nouvelle choses en l’écoutant : des anecdotes importantes ressortent (à la fin de sa vie elle continuait à répéter avec un pianiste au Théâtre des Champs Elysées) et surtout son humour et son sens du destin.

Ce sens du destin, c’est ce Que Tom Volf, en preux chevalier, tenté de conjurer, 40 ans après la mort de la Callas. L’objectif de l’entreprise est de conjurer le Destin en redonnant corps, mouvement et voix sur sa vie à l’héroïne de cette vie d’élection et de tragédie. Sauver la femme fatale de son destin, c’est réellement un projet cinématographique, un mari visuel fort et hétérodoxe, dans une entreprise contraire à celle Pasolini quand il confiait le rôle pesant de Médée à Maria Callas en 1970. Maria by Callas est une pleine déclaration d’amour à une femme morte et néanmoins toujours présente. Un renouvellement de la flamme pour la Callas qui risque bien d’être contagieux pour toute une nouvelle génération.

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