La magnifique mise en abime de Robert Guédiguian

7 décembre 2017 Par
Pierre Descamps
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Avec la Villa, Robert Guédiguian traite d’un monde qui change avec un bouleversement des relations humaines et un fossé qui sépare désormais les différentes générations.

robert_guediguian

Dans cette crique près de Marseille; la vie, la Mort, l’Amour, la Joie, la Tristesse se succèdent avec émotion. Le film n’est pas seulement un témoignage de la part de l’auteur, il est un bilan du marqueur de son époque.
Avec pour question centrale que reste t-il d’humain dans nos sociétés? Peut-on vivre aujourd’hui comme on vivait hier ?

La réponse est contenue dans l’avenir du bar d’Armand, elle est incertaine. Les petits commerces ne peuvent survivre qu’en augmentant les prix mais cela exclut ceux qui ont moins de moyens.
L’immobilier augmente ainsi que les loyers du couple des grands parents.Ces derniers touchants ne veulent pas se soumettre à cette loi du marché qu’ils ne comprennent pas, ils refusent de payer 3 fois le montant de leur appartement et que leur fils médecin Yvan leur avance le loyer. Ce dernier ne conçois pas cette approche, il veut être assuré que ces parents aient une sécurité et un confort matériel.
Outre l’aspect économique, il y’a un fonctionnement absurde de nos sociétés, une résignation qui permet d’accepter l’inacceptable et de ne plus être étonné de rien. Malgré les difficultés, il y’a la beauté de ces paysages, de ces longues vagues qui longent les bais et surtout le plaisir d’être ensemble. Une chaleur humaine se dégage du film avec une générosité dans les dialogues et il y’a le plaisir de boire un verre tous ensemble au bar d’Armand.

La calanque est un point de paradis de plus en plus rare, de plus en plus isolé, et de plus en plus dur aussi.
La grande force du film réside dans ses personnages qui sont tous à différents moments de leurs existences et qui avancent selon leurs propres motivations. Il n’y a pas de jugement entre eux, seulement de la compréhension. Il y’a ceux qui veulent continuer dans la Villa , à entretenir ce passé familial et il y’a ceux qui savent que leur avenir ne se situe pas là, qui ne sont que de passage.
Ces personnes sont fortes ou dures, naïves ou incertaines, sérieuses ou révolutionnaires. Elles sont composantes même d’une société humaine qui a complètement changé. Surtout, ces protagonistes sont en quête de sens avec leurs propres traumatismes et blessures . Elles ont cependant un vécu en commun qui les rassemble.
L’ambiance du film est crépusculaire, le futur est terriblement incertain mais il vaut la peine d’être vécu.

Alors quand l’autorité arrive et annonce une arrivée de migrants, il n’y a plus de peur. Seulement une inconnue : « Mais qu’est ce qu’on est sensé faire ? « . Pas en tant qu’individu mais en tant qu’espèce humaine. Peut-on avoir confiance en l’autorité qui nous protège ou devenons nous prendre les responsabilités de nous même ? Le film ne donnera pas de réponse brute mais seulement des points d’approfondissements…

Crédit Images :
Jacky Lefresne