L’Étrange Festival : un lancement réussi

6 septembre 2013 Par
Yohann Marchand
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Hier avait lieu le coup d’envoi de la 19ème édition de l’Étrange Festival. Au programme : des loups sadiques, un looser vengeur, et le portrait d’un jeune serial-killer.

big-bad-wolvesLe coup de cœur : Big Bad Wolves, un film de Aharon Kkeshales & Navot Papushado. Thriller, Israël, 1h50. Sortie inconnue.

Ici point de loup-garou mais la représentation de la chaine alimentaire humaine : « Les maniacs n’ont pas peur des flingues mais des autres maniacs ». Une logique sordide qui nous est démontrée avec un solide humour noir. Soupçonné d’être un serial-killer un enseignant se retrouve traqué par le père d’une des victimes, et un policier écarté de l’enquête après lui avoir fait subir un interrogatoire un peu trop musclé… BBW instaure dès le début une ambiance poisseuse au rythme de ralentis teintés de poésie macabre, sublimée par  la partition chevaleresque de Haim Franck Ifman (cousin germain semble-t-il de Hans Zimmer). Un climat oppressant aussitôt désarçonné par un second degré limite absurde qui tend vers la farce morbide. Toute la monstruosité de BBW se résume à ce yo-yo émotionnel qui alterne torture-porn, drame humain, et humour noir. Un cocktail à la fois enivrant et perturbant qui se clôt en un pied de nez estomaquant. Un twist final qui fait écho aux innombrables retournements de situation dont regorge le film, mais à l’efficacité d’autant plus démonstrative qu’elle finit par nous convaincre que l’Homme est un loup pour les psychopathes.

1010886_fr_blue_ruin_1368647965749La déception : Blue Ruin, un film de Jeremy Saulnier. Drame, États-Unis, 1h30. Sortie le 30 avril 2014.

Sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs au dernier Festival de Cannes, Blue Ruin avait été salué par notre reporter Yaël. Une étrange expérience en costard cravate dont nous a fait part le réalisateur, vécue tel un vilain petit canard recueilli par d’inquiétants hommes-pingouins. Mais le petit Jeremy a tenu bon et a finalement retrouver sa véritable famille de dégénérés au Forum des Images. Confessant que de toutes les manifestations auxquelles il avait participé l’Étrange Festival était celle où il se sentait le plus à l’aise. Une belle déclaration d’amour au cinéma de genre quand bien même Blue Ruin n’a d’étrange que sa prétention auteurisante. Jeremy Saulnier se perd dans les pérégrinations d’un looser empêtré dans une vendetta familiale. Faute d’opter pour le thriller intimiste quasi muet, voulu comme un portrait absurde d’une société américaine habituée à régler ses problèmes dans la violence. Un parti pris jusqu’au-boutiste noyé sous une chape de plomb dramatique qui alourdit une atmosphère déjà lénifiante où chaque tentative comique déconcerte plus qu’elle n’amuse. Autre inconvénient, et de taille : à trop disséminer au compte goutte la teneur de l’intrigue le suspense de Blue Ruin se retrouve vite éventé, force d’un pitch digne des pires sagas de l’été de TF1. La salle a cependant applaudi ce brûlot contre les armes à feux mâtiné de réflexion sur l’absurdité de la vengeance… Étrange ? Vous avez dit étrange ? A l’issue du festival un clash est prévu à la rédaction.

Found-Poster-Internet-size-691x1024La surprise : Found, un film de Scott Schirme. Horreur, États-Unis, 1h43. Sortie inconnue.

« Mon frère cache une tête dans son placard.» C’est sur cette banale confidence exprimée par le  jeune Marty que débute le film. Le ton est donné, Found sera une oeuvre déviante. Une plongée malsaine dans la psyché d’un enfant de 12 ans fan de films d’horreur qui découvre que son frère est un serial-killer. Sur papier le film fleure bon le prétexte à déverser son lot de scènes chocs, plombées par un manque de budget que revendique Scott Schrime en se vantant d’avoir réalisé Found pour moins de 10 000 dollars. Et les premières images confirment nos craintes : l’esthétique est bancale, comme filmée par un caméscope Mitsubishi, la réalisation frise l’amateurisme avec un cadre dépouillé qui accentue l’absence de toute mise en scène, et comble de l’horreur les acteurs surjouent. Un vrai cauchemar. C’est alors que Marty consent à exprimer notre désarroi : « Ma vie commence à ressembler à un film d’horreur. Mais qui est le monstre ?» Found prend dès lors tout son sens. Scott Schirme pousse la mise en abîme à son paroxysme. Marty se délecte de ces vieux films d’horreur où le gore prévaut avant toute crédibilité. Qu’importe leur qualité technique, l’essentiel est d’épouser avec une certaine délectation juvénile ce sentiment d’interdit à la fois malsain et jouissif. Scott Schirme accentue ainsi le point de vue de Marty pour mieux se jouer de ses détracteurs et condamner les agissements du frère : sa folie n’est pas due à une trop forte consommation de films d’horreur mais à une mauvaise éducation. Found lorgne ainsi du côté de Benny’s Video et de Henry, portrait d’un serial-killer sans omettre d’être touchant.