Les Grandes Personnes, une certaine fraîcheur

12 novembre 2008 Par loic | 0 commentaires

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Les Grandes Personnes est une comédie dont l’action se déroule en Suède. Le fond est assez conventionnel (une jeune fille qui tente de s’émanciper face à un père trop protecteur) mais le scénario est si joliment tourné, que le film fonctionne à merveille. À voir, pour se rafraîchir.

A priori, rien de particulièrement nouveau dans ce premier long-métrage, signé Anna Novion, décrivant le lien à fois fusionnel et conflictuel qui unit un père (Jean-Pierre Darroussin) et sa seule fille (Anaïs Demoustier). Chaque année, ces deux-là partent en vacances dans un coin exotique. Cette fois-ci, c’est la Suède car le père est à la recherche d’un trésor perdu, celui d’un ancien viking suédois. L’intrigue, si elle est plutôt amusante, ne laisse rien pressentir de remarquablement moderne. En effet, Les g

randes personnes surfe sur une « certaine tendance du cinéma français », entre le film choral et la chronique légère. Dans ce type de dispositif typiquement franchouillard, une tripotée de personnages fait en général l’expérience de la vie de manière légère, parfois décalée. Ainsi, c’est le cas dans ce film où la vie entière de chaque personnage se cristallise et se joue durant ces deux semaines de vacances. À ce niveau, on reste dans le conventionnel, mais dans le conventionnel bien fait. Si on devine aisément l’issue du scénario (évidemment que la jeune fille va réussir à s’émanciper en prenant le large !), les personnages n’en sont pas moins attachants. En réalité, c’est surtout le personnage du père qui tire le scénario vers le convenu (d’autant qu’il est interprété par Darroussin, spécialiste de cette tendance du cinéma français).

Mais face à ce père, il y a la fille, qui apporte une chose bien plus importante. Il n’est pas très difficile de remarquer que c’est ce personnage qui intéressait le plus la réalisatrice. Celui du père ne devient, au fur et à mesure, qu’une toile de fond. Le film frôle parfois le portrait de l’adolescente typique qui n’aurait alors rien à nous apprendre. Mais il échappe à ce travers, notamment grâce à l’interprétation particulièrement douce d’Anaïs Demoustier. Grâce à cette actrice, la réalisatrice a pu donner une vision poétique de l’adolescente. En témoigne le dernier plan du film, quasiment plus inscrit dans l’intrigue du film (dans le sens où il ne la clôt pas), mais qui n’invite qu’à ressentir, qu’à éprouver ce que nous dit le sourire de la jeune fille à vélo. Petit à petit, le scénario devient moins important et ce qui compte, c’est l’émancipation de cette actrice face à la caméra. Au début toujours accompagnée par un Darroussin qui a de la bouteille en la matière, elle gagne à s’individualiser, à se comporter seule, comme une « grande personne », et à monopoliser tout le champ de la caméra. La fraîcheur vient de là, de la résonance parfaite qu’il y a eu entre les désirs de la réalisatrice et le plaisir d’Anaïs Demoustier face à la caméra.

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D’autre part, rarement on a l’occasion de voir un film français se dérouler en Suède. Or, ce choix se révèle être autant affaire d’intrigue (elle ne peut se dérouler nulle part ailleurs qu’en Suède, du fait de la quête du trésor du viking suédois) qu’un choix esthétique. C’est certainement l’autre aspect intéressant du film. Au départ, le spectateur peut simplement apprécier le cocasse de cette quête absurde qui mène les héros jusqu’en Suède. Mais rapidement, il remarquera que la réalisatrice en profite pour tisser une ambiance typiquement suédoise. En dehors de certains paysages somptueux, le film regorge d’éléments nordiques qui caractérisent Les grandes Personnes : la musique ascétique inspirée du jazz contemporain, la simplicité des images, une certaine froideur dans la nature. Encore une fois, l’intérêt du film est sa volonté à tendre vers la poésie plus que vers le sentimentalisme. Aussi, la belle séquence sur le ponton de bois où le père retrouve sa fille après s’être échoué sur une île déserte est nourrie par tout l’univers suédois du film : on s’imagine la mer et le vent froids. Cet univers esthétique a un but, il est profondément lié aux ambitions du film. Enfin, Les Grandes Personnes pourrait passer pour un film moyen, mais ce serait sans doute là une injustice car rien n’y est présent pour simplement faire joli. Le film vise, mine de rien, bien au-delà.

Les Grandes Personnes. Réalisé par Anna Novion.1H24
Avec Jean-Pierre Darroussin, Anaïs Demoustier, Judith Henry.


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