Lawless de John Hillcoat, un western inepte et grossier

19 mai 2012 Par yael | 1 commentaire

Scénario signé Nick Cave, frissons de prohibition et un casting comprenant entres autres Shia LaBeouf, Gary Oldman, Mia Wasikowska et Jessica Chastain, « Lawless » promettait d’être notre moment de vrai divertissement cannois. Les dialogues indigents, le gore facile et la virilité à deux dollars de ce film sont simplement consternants si bien qu’il est impossible pour les acteurs de bien jouer. Sortie en France le 12 septembre 2012.

1931. Dans un village de Virginie, les trois frères Bondurant font un fructueux commerce d’alcool en pleine Prohibition. Mais ni l’Etat, ni les grands gangsters ne voient cette exploitation familiale d’un bon œil. Les Bondurant ont leur réputation : Howard (Jason Clarke) l’aîné, doué d’une force surhumaine, ne dessaoule jamais tandis que Forrest (Tom Hardy qui tente d’imiter l’accent de Brando dans le Parrain), le second, la tête pensante du groupe, est un survivant de la Première Guerre et de la grippe espagnole a la réputation d’être immortel. Seul le dernier, Jack (Shia LaBeouf, le seul à bien se dépêtrer d’un rôle absolument caricatural) semble manquer de raideur : il cherche sa place parmi ces hommes durs, est vénal, et tombe même amoureux (de Mia Wasikowska qui semble toujours jouer le même rôle chez Gus van Sant, Rodrigo Garcia ou John Hillcoat). Au trio s’ajoute la mystérieuse barmaid de leur repère, Maggie (Jessica Chastain, qui semble elle aussi jouer le même rôle chez Malick, Nichols ou Hillcoat). En face, le grand méchant Charlie Rakes (Guy Pearce) est un homosexuel refoulé et une caricature de nazillon exporté aux US : cheveux gominés et manières raffinées mais cruauté inhumaine qui rompt avec le code macho de l’honneur des lawless. Les irréductibles Bondurant vont donc se battre, pour leur fric, mais aussi et avant tout, pour leurs principes.

Derrière les paysages verdoyants et les scènes de bagarres crues ultra-travaillées de John Hillcoat, le naufrage du film ne vient pas de la mise en scène, ni même des images, mais bien du scénario, écrit à la hache par Nick Cave à partir du best-seller de Matt Bondurant (2008). Que Cave et Hillcoat adorent les westerns est formidable, mais que le réalisateur de « La proposition » lance ses comédiens sur des dialogues indigents qui semblent parodier les plus grands classiques du genre sur la question de l’honneur viril est un véritable crime. L’on rirait bien à gorge déployée lorsque le cadet des frères délivre des sentences de sagesse du fond de sa gorge tranchée et recousue, mais les clichés sont trop énormes et édictés avec trop de sérieux pour être pris à la légère. Dans cette intrigue cousue de fil blanc, chaque comédien est condamné à surligner une caricature sans intérêt. Et chaque comédienne a le choix entre regarder son homme avec admiration ou lui sourire avec fraicheur (sauf les quelques blacks du films qui ne disent rien et sont forcément nues sur un lit l’air malheureux, comme le veut bien-sûr le respect des faits historiques). Seuls Gary Oldman en grand bandit (ça le ravive un peu après son rôle de fonctionnaire à la retraite dans la Taupe) et Shia LaBeouf, grotesque uniquement les 3/4 du temps, s’en sortent. Si « Lawless » n’est pas digne d’être un western, il s’agit certainement d’une boucherie, à peine arrosée d’alcool.

Lawless de John Hillcoat, avec Shia LaBeouf, Tom Hardy, Gary Oldman, Mia Wasikowska, Jessica Chastain, Jason Clarke, et Guy Pearce, USA, 1h55, 2012. En compétition.

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