Laetitia: Splendeurs et sueurs d’une femme gantée

15 septembre 2017 Par
Guillaume Laguinier
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En choisissant de suivre Laetitia Lambert, championne du monde de boxe thaï en quête effrénée d’un nouveau, et dernier titre, Julie Talon trouve le ton juste, et poursuit avec Laetitia en salle le 20 septembre, son œuvre de représentation de l’intime après Comme si de rien n’était, son précédent documentaire.

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L’issue du combat final, aussi cruciale soit elle pour Laetitia, importe finalement peu. Bien sûr, le supporter en chacun des spectateurs souhaitera qu’elle y arrive, « Laeti », à boucler la boucle. Elle qui sue pour ça. Elle qui tout les jours court, tout les jours frappe de ses poings bleus. Mille de ses coups, peut être, ont percuté le cuir tenace du sac d’entraînement de la salle où la championne du monde s’entraîne, à quelques mètres des autres sportifs : tous des hommes.

Alors Laetitia court…

L’une des premières images du film définissait déjà la donne: en 2010, alors que Laetitia Lambert, âgé de 26 ans, s’apprête à remporter le titre de championne du monde de boxe thaï, la caméra montre la foule: force est alors de constater que dans les tribunes, aussi, la boxe est un monde masculin.

Peu importe, dans cette salle, la boxeuse est l’une des leurs. Qu’elle soit une femme importe peu. Pas de traitements de faveur : Laetitita prend les mêmes coups, on lui parle aussi directement. D’ailleurs, Jean-Marie Merchet, le coach, a des raisons d’être en colère.

Car voilà : depuis sa victoire, Laetitia s’est ramollie. La concurrence, elle, est rigoureuse. « Tu ne t’entretiens pas !« , « Je ne t’ai jamais vu comme ça !« .

Entre son fils, un exemple de maturité en plus d’être son premier supporter, son compte en banque, et les régimes dantesques qu’elle s’impose afin de passer sous la fatidique barre des 60kg – si importante, car elle détermine la catégorie dans laquelle Laetita va pouvoir concourir, difficile d’avoir le sens des priorités.

Mais pas questions d’abandonner. Pas questions de précipiter l’inévitable retraite qui l’attend, car enfin, confit elle à son médecin « Je ne sais faire que ça… » Pourtant, bientôt, Laetitia le sait, l’heure arrivera où elle devra déposer les gants.

Alors Laetitia court. Pas question de s’arrêter.

Un document de l’intime.

Julie Talon est une cinéaste de l’intime. La boxe est un décor, presque un prétexte pour montrer un être émouvant, dans un dernier coup d’éclat qui représente tout. Même si elle ne peut y échapper complètement, la réalisatrice parvient dans la majeure partie du temps à éviter l’usage du gros plan à outrance, écueils traditionnels des films dont le sujet principal est un être vivant et ses états d’âme. Merci, aussi, de ne pas avoir alourdi l’ambiance profonde, parfois même tendue, par une voix off.

La présence de la caméra ne tourne jamais au voyeurisme. On regrettera, peut être, une construction un peu cyclique : Laetitia s’entraîne, puis Laetitia doute, puis Laetitia se secoue, et rebelote. Le tout sporadiquement coupé de plans un peu simples, comme une enfilade d’arbres dépourvus de feuilles filmées depuis la fenêtre d’une voiture.

Ceci étant dit, le documentaire tient ses promesses, grâce notamment à cette championne à laquelle on s’attache sans trop réellement savoir pourquoi. Et sans dévoiler l’issue du combat final, alors qu’elle se bat une dernière fois pour garder ce si précieux titre de championne du monde, la question de l’après est à nouveau dans toutes les têtes. Comme la tendre envie de saisir Laetitia dans nos bras, et de lui dire : « Ne t’en fais pas, championne. Tout va bien se passer »

Visuel : Affiche