La Rochelle: « Tikkun » et « Tramontane », tableaux contrastés d’Israël et du Liban

6 juillet 2016 Par Cedric Chaory | 0 commentaires

Au cinquième jour du Festival international du film de La Rochelle étaient présentés 2 puissantes avant-premières: Tikkun et Tramontane.

Tikkun (2015) de l’Israélien Avishai Sivan prévient d’entrée : « des scènes peuvent heurter la sensibilité de certains spectateurs«  ». Et effectivement entre son ouverture filmant en gros plan l’abattage casher d’une vache (suivi de son découpage en règle) ou l’introduction d’un doigt dans le vagin d’une demoiselle fraîchement décédée dans un accident de la route, il y  a de quoi être remué.

Filmé dans un noir et blanc du meilleur effet, Tikkun est une œuvre d’une extrême rigueur, centrée autour d’un croyant ultra-orthodoxe,  Haïm Arron, s’imposant le jeûne mais qui va être victime d’un malaise. Miraculeusement réanimé par son père, après plus de 40 minutes d’attente, il ne sera plus jamais le même.

« Deux âmes en une vie » se lamente alors son père qui ne comprend pas les soudains tourments de son fils, persuadé d’avoir contrarié Dieu en revenant à la vie. Tandis que le premier s’abrutit à tuer tant et plus de vaches (pour finalement toutes les libérer au cœur d’une nuit brumeuse), le second erre dans le Jérusalem interlope. Jusqu’à sa perte.

Mise en scène ascétique mais hypnotique, Tikkun (Prix du jury et mention spéciale pour sa photographie au Festival de Locarno) dérange et fascine à la fois. Bien vu.

"Tramontane" de Vatche Boulghourjian

« Tramontane » de Vatche Boulghourjian

Autre touchant parcours d’un jeune homme, cette fois-ci au Liban dans Tramontane (2016) premier long-métrage de Vatche Boulghourjian. Pour partir en tournée en Europe, Rabih, musicien non-voyant qui vit dans une petite ville de la montagne libanaise, a besoin d’un passeport. À l’occasion de démarche administrative, il découvre qu’il est un enfant adopté et que son existence a été jusqu’à présent une immense mascarade.

Porté par le corps et la voix du chanteur-percussionniste-violoniste Barakat Jabbour, Tramontane est un sensible périple, entre modeste road-movie et douce quête existentielle -  qui nous tend en filigrane le miroir d’un Liban radieux dans ses campagnes portant encore les stigmates d’une guerre civile que l’on sent prête à se réactiver.

Mémoire d’un jeune homme, mémoire d’un pays… tout est ici à reconstruire. La poignante musique de Barakat qui clôt cet élégant film donne tous les espoirs.

 Cédric Chaory (correspondant Festival international du film de La Rochelle)


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